Smartphone, tablette, dessins animés : le Dr Harifi décrypte les risques pour les enfants

Les premières années de la vie constituent une période critique pour le développement cérébral de l’enfant. Durant cette période développementale, le cerveau manifeste une croissance accélérée en raison de la plasticité cérébrale, définie comme l’aptitude à établir et à consolider les connexions interneuronales.

Ce processus de maturation favorise l’acquisition progressive du langage, de la mémoire, de l’attention et de la motricité, ainsi que la régulation des émotions et des interactions sociales. Ce développement est largement tributaire des expériences vécues quotidiennement par l’enfant, notamment la communication verbale, l’activité ludique, la lecture d’histoires, l’activité physique, l’exploration de son environnement et les interactions sociales.

C’est dans cette perspective qu’il convient d’analyser l’utilisation des écrans : ces derniers ne sont pas intrinsèquement « dangereux », mais leur usage peut devenir problématique s’il se substitue aux stimulations indispensables au développement cérébral et cognitif.

Dans cet article, le Dr Hala Harifi, docteur en physiologie, toxicologie et santé, analyse l’impact des écrans et des objets connectés sur ces mécanismes essentiels du développement cérébral.

Pourquoi les premières années de vie sont-elles cruciales pour le développement cérébral de l’enfant ?

Dr Harifi : Cela s’explique par le fait que, durant cette période, le cerveau est en plein développement. Il initie la formation de connexions neuronales, lesquelles constituent le fondement des apprentissages ultérieurs, tels que la communication verbale, la compréhension, la concentration, la mémorisation, la régulation émotionnelle et l’interaction sociale. La stimulation de l’enfant par des interactions humaines, des activités ludiques et des expériences concrètes favorise ainsi un développement cognitif et émotionnel harmonieux.

En quoi les écrans peuvent-ils influencer ce développement ?

Dr Harifi : Les écrans attirent fortement l’attention à travers des images rapides, des couleurs vives et des sons. Le risque apparaît surtout lorsque l’écran remplace des interactions essentielles : parler, jouer, écouter, bouger et explorer. Un enfant exposé longtemps aux écrans dispose souvent de moins de temps pour développer son langage, renforcer sa concentration et apprendre à gérer ses émotions dans la vie réelle.

Quels signes peuvent alerter que l’enfant est trop exposé aux écrans ?

Dr Harifi : Plusieurs manifestations peuvent évoquer une surexposition. Il peut s’agir d’un retard de langage ou d’un vocabulaire pauvre, d’une attention instable, d’une irritabilité ou d’une agitation fréquente, de crises lors de l’extinction de l’écran ou encore d’une difficulté à jouer sans support numérique. Des troubles du sommeil sont également souvent rapportés. Ces signes ne traduisent pas une maladie, mais indiquent que l’enfant a besoin de davantage d’interactions humaines et de moins de temps d’écran.

Peut-on confondre les effets d’une surexposition aux écrans avec des signes de trouble du spectre de l’autisme ?

Dr Harifi : Oui, cela peut arriver. Une exposition excessive aux écrans peut entraîner une diminution du contact visuel, des échanges réduits, un retard de langage ou un repli sur soi, ce qui peut rappeler certains signes observés dans le trouble du spectre de l’autisme. Toutefois, il est important de rappeler que les écrans ne constituent pas une cause directe de l’autisme. Si les signes persistent malgré une réduction des écrans et une reprise d’activités interactives, une consultation spécialisée reste indiquée.

Comment les parents peuvent-ils limiter les écrans sans stress ni culpabilisation ?

Dr Harifi : L’objectif n’est pas la perfection, mais l’équilibre. Réduire progressivement le temps d’écran, éviter les écrans pendant les repas et avant le coucher, instaurer des règles simples et stables, et prévenir l’enfant avant d’éteindre l’écran permettent de limiter les tensions. Ces ajustements progressifs diminuent les conflits et aident l’enfant à mieux accepter les limites.

Quelles alternatives constructives peuvent remplacer les écrans et stimuler le cerveau ?

Dr Harifi : Les alternatives les plus bénéfiques sont celles qui sollicitent le langage, la créativité et la motricité. La lecture d’histoires, les jeux de construction, le dessin, les jeux d’imitation, les activités physiques ou encore la participation à des tâches simples à la maison favorisent l’interaction et la réflexion. Ces activités renforcent les capacités cérébrales, car elles mobilisent simultanément communication, imagination et relation à l’autre.

Si l’enfant a déjà été beaucoup exposé aux écrans, peut-on « se rattraper » ?

Dr Harifi : Oui, et c’est un point essentiel. Le cerveau de l’enfant conserve une grande capacité d’adaptation grâce à la plasticité cérébrale. En réduisant les écrans et en augmentant les interactions (jeux, échanges, lecture, sorties) on observe souvent une amélioration du langage, du sommeil et du comportement. Si, malgré ces changements, des difficultés importantes persistent, une évaluation spécialisée est recommandée.

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