Semaine mondiale de la vaccination : le Dr Maafi alerte sur l’hésitation vaccinale et défend la prévention au Maroc

À l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination, célébrée fin avril, la prévention revient au cœur des priorités sanitaires. Au Maroc, où la couverture vaccinale reste élevée, les enjeux se concentrent désormais sur la consolidation des acquis et la lutte contre l’hésitation vaccinale.

Dans cette analyse, le Dr Kholoud Maafi, pharmacienne biologiste à l’Institut Pasteur du Maroc et membre de la Société Marocaine de Pharmacologie et des Thérapeutiques (SMPT), analyse les fondements et les défis actuels de la vaccination.

Vaccination, un enjeu mondial de santé publique

À l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination, célébrée la dernière semaine du mois d’avril, l’Organisation mondiale de la santé rappelle que le vaccin est l’une des interventions préventives les plus efficaces en santé publique. Grâce à ses actions préventives, thérapeutiques et immunomodulatrices, la vaccination a permis de sauver plus de 154 millions de vies en 50 ans.

Dans ce contexte, la question de la prévention revient au cœur des priorités de santé publique à l’échelle mondiale. La vaccination, souvent perçue à tort comme un geste mineur ou parfois redoutée, constitue pourtant l’un des actes les plus efficaces pour protéger les individus et les communautés contre des pathologies potentiellement graves, voire mortelles. Derrière une simple injection se cache une avancée scientifique majeure, capable de sauver des millions de vies chaque année.

Le Maroc et le succès du Programme National d’Immunisation (PNI)

Au Maroc, cet engagement se traduit concrètement à travers le Programme National d’Immunisation (PNI), piloté par le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale, en partenariat avec des institutions internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF.

Ce programme ambitieux vise à protéger la population contre les maladies infectieuses évitables, en réduisant la mortalité infantile et en maintenant une couverture vaccinale élevée, souvent supérieure à 90 %. Dès la naissance, les nouveau-nés bénéficient d’un calendrier vaccinal rigoureux, régulièrement actualisé pour intégrer de nouveaux vaccins, notamment contre la tuberculose (Mycobacterium tuberculosis), le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) et le rotavirus.

Grâce à cette stratégie, le Maroc a enregistré des avancées majeures, notamment l’éradication de la poliomyélite et un recul significatif de la rougeole, avec une baisse notable de la mortalité infantile. Ces résultats placent le Royaume parmi les modèles en matière de politique vaccinale dans la région africaine. La gratuité des vaccins, l’organisation de campagnes nationales et le suivi via le carnet vaccinal garantissent un accès équitable à la vaccination.

Vaccination : mécanismes et actions immunologiques

Sur le plan scientifique, la vaccination repose sur un principe fondamental : entraîner le système immunitaire à reconnaître et à combattre un agent infectieux sans provoquer la maladie. L’introduction d’un antigène ou d’un agent atténué stimule la production d’anticorps et active les cellules immunitaires, créant une mémoire immunologique durable.

Cette mémoire permet une réponse rapide et efficace en cas d’exposition ultérieure, réduisant considérablement la gravité des infections, voire empêchant leur survenue.

Le rôle de l’Institut Pasteur du Maroc : acteurs nationaux et innovation

Au-delà du Programme National d’Immunisation, l’Institut Pasteur du Maroc constitue une institution de référence en matière de recherche et de biologie. Il contribue à la surveillance des maladies infectieuses, au contrôle de la qualité des vaccins et à la formation des professionnels de santé.

L’établissement joue également un rôle clé dans l’offre vaccinale nationale, notamment à travers la médecine des voyages. Il propose des vaccinations adaptées aux voyageurs, incluant la fièvre jaune et la méningite, en fonction des destinations et des risques épidémiologiques.

Cette prise en charge s’inscrit dans le cadre d’une consultation du voyageur, véritable évaluation médicale personnalisée, incluant également des mesures préventives complémentaires, telles que la chimioprophylaxie contre le paludisme dans les zones endémiques.

Par ailleurs, l’Institut Pasteur du Maroc constitue un centre de référence dans la prise en charge de la rage, assurant la disponibilité du vaccin antirabique et un suivi médical rigoureux. En cas de nécessité, une sérothérapie peut être administrée.

Qualité du vaccin : chaîne du médicament et sécurité vaccinale au Maroc

Selon la loi n°17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie, le vaccin est considéré comme un médicament. Il possède des propriétés préventives contre les maladies infectieuses en stimulant une réponse immunitaire protectrice.

À ce titre, il est soumis aux mêmes exigences de qualité, de sécurité et de contrôle tout au long de son cycle de vie. La production est encadrée par les Bonnes Pratiques de Fabrication, garantissant des standards élevés. La distribution repose sur les Bonnes Pratiques de Distribution, assurant le respect de la chaîne du froid et la traçabilité.

Enfin, la dispensation est encadrée par les Bonnes Pratiques Officinales, garantissant une délivrance sécurisée et un accompagnement du patient. L’ensemble de ces dispositifs assure la qualité et l’efficacité des vaccins au Maroc.

Vaccinovigilance au Maroc : sécurité et confiance

À l’échelle internationale, l’Organisation mondiale de la santé rappelle que la vaccination reste l’un des investissements les plus rentables en santé publique. Elle insiste sur la nécessité de maintenir les efforts après la pandémie de COVID-19.

Au Maroc, la sécurité vaccinale est assurée par des systèmes de surveillance rigoureux, notamment via l’Agence Marocaine des Médicaments et des Produits de Santé, chargée du suivi des effets indésirables. Cette vigilance contribue à renforcer la confiance des citoyens.

Hésitation vaccinale : un défi contemporain

Au Maroc comme ailleurs, l’hésitation vaccinale constitue un défi réel. La circulation d’informations non vérifiées et certaines craintes persistantes peuvent freiner l’adhésion.

Il est essentiel de renforcer la sensibilisation, d’expliquer clairement les bénéfices et de restaurer la confiance entre les citoyens et les professionnels de santé. La vaccination protège à la fois l’individu et la collectivité en limitant la transmission des infections.

Prévention ciblée : focus sur le zona

Certaines pathologies restent sous-estimées, comme le zona. Cette affection douloureuse est liée à la réactivation du virus varicelle-zona et touche principalement les adultes, notamment les personnes immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques.

La vaccination constitue une avancée importante pour réduire les risques et les complications. Elle est recommandée chez les personnes âgées de 50 ans et plus, ainsi que dès 18 ans chez les patients immunodéprimés. Elle concerne également les personnes diabétiques ou atteintes de pathologies chroniques.

La prévention comme engagement collectif

La vaccination demeure un pilier essentiel de la santé publique. Au-delà des idées reçues, elle représente une démarche responsable, à la fois individuelle et collective.

Dans un contexte marqué par de nouveaux défis sanitaires, investir dans la prévention apparaît comme une nécessité pour protéger durablement la population.

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