À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, célébrée le 28 avril, le Maroc fait face à un constat persistant. Malgré un cadre juridique structuré, les derniers chiffres disponibles et les analyses d’experts révèlent des accidents nombreux, une prévention insuffisante et une application encore inégale des règles.
Selon les derniers chiffres disponibles, le Maroc enregistre chaque année près de 45.000 accidents du travail, avec environ 2.000 décès liés aux accidents et aux maladies professionnelles. Ces données traduisent un niveau de risque élevé pour une économie en mutation.
L’impact ne se limite pas au volet humain. Le coût économique est estimé à près de 4,5 % du produit intérieur brut, ce qui pèse directement sur la productivité et les finances publiques. Cette réalité est d’autant plus préoccupante que les autorités reconnaissent une progression du nombre d’accidents ces dernières années.
Dans certains secteurs, notamment le bâtiment, l’agriculture ou certaines activités industrielles, les conditions de travail restent particulièrement exposées aux risques, souvent en lien avec des équipements insuffisants ou des procédures de sécurité peu respectées.
Un cadre légal présent, mais peu appliqué sur le terrain
Sur le plan réglementaire, le Maroc dispose d’un socle juridique qui encadre la sécurité et la santé au travail, notamment à travers le Code du travail et les dispositifs portés par les institutions publiques.
Pourtant, à l’occasion de cette édition 2026, plusieurs experts alertent sur une faible conformité aux obligations existantes. Le problème ne réside pas uniquement dans les textes, mais dans leur application concrète. Le tissu économique, largement dominé par les très petites entreprises et marqué par un secteur informel important, limite la portée des mécanismes de contrôle. Les indicateurs disponibles illustrent ce décalage.
Moins d’une entreprise sur cinq met en place des comités de sécurité et d’hygiène, tandis que le nombre de médecins du travail reste limité à environ 1.400 à l’échelle nationale. Ce déficit de structuration freine la diffusion d’une véritable culture de prévention, en particulier dans les petites structures où les contraintes économiques prennent souvent le dessus sur les exigences de sécurité.
Vers une nécessaire transformation du modèle de prévention
Au-delà des accidents physiques, la question de la santé au travail évolue. Les risques psychosociaux, liés au stress, à la charge de travail ou à l’insécurité de l’emploi, s’imposent progressivement dans les analyses internationales et commencent à émerger dans les débats au Maroc.
Dans ce contexte, les experts appellent à un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de réparer après l’accident, mais d’anticiper les risques en amont. Ce basculement suppose un renforcement des moyens de l’inspection du travail, une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés et une généralisation des dispositifs de prévention dans les entreprises. Il implique également d’intégrer le secteur informel dans les politiques de protection et de développer la médecine du travail, y compris sur le plan de la santé mentale.
À l’heure où le Maroc accélère sa transformation économique, la sécurité et la santé au travail apparaissent comme un indicateur clé de durabilité. Le cadre existe, les enjeux sont identifiés, reste à traduire ces ambitions en pratiques concrètes.

