Le 28 mai dernier, la ville de Turin a accueilli la 4ᵉ édition du Grandi Ospedali Open Meeting, un rendez-vous stratégique réunissant des décideurs et experts de la santé venus des quatre coins du monde. Le Pr Anass Doukkali, président du Centre d’Innovation en E-Santé (CIeS), a présenté les grands axes de la réforme numérique en cours au Maroc.
Intitulée « Digital Health as a Pillar of the Overhaul of the Moroccan Health System », son intervention s’est inscrite dans un contexte de transformation accélérée des systèmes de santé, à l’heure où la technologie redessine les contours du soin, de la gouvernance sanitaire et de la relation médecin-patient.
Ancien ministre de la Santé et fervent défenseur de la digitalisation, le Pr Doukkali a souligné que l’innovation numérique constitue désormais un levier stratégique pour moderniser le système de santé marocain, améliorer son efficacité, et garantir une équité d’accès aux soins, quel que soit le lieu de résidence.
Une stratégie nationale déjà en marche
Depuis plusieurs années, le Royaume a multiplié les initiatives dans le domaine de la e-santé. Le Pr Anass Doukkali a rappelé la mise en place de plateformes de télémédecine, le lancement de projets pilotes dans différentes régions, l’intégration progressive des dossiers médicaux informatisés et la digitalisation de certaines procédures de gestion hospitalière.
À cela s’ajoute un chantier majeur : le renforcement des compétences numériques des professionnels de santé. Car pour le CIeS, la technologie ne peut être dissociée de l’humain. La réussite de cette transition dépend autant des outils que de ceux qui les manipulent.
L’objectif est clair : faire émerger un écosystème où les données de santé sont mieux exploitées, où les parcours de soins sont fluidifiés, et où le citoyen devient un acteur informé de sa propre santé.
Un plaidoyer pour une coopération régionale
S’exprimant devant un parterre d’experts italiens, européens et arabes, le Pr Doukkali a également plaidé pour la création d’un espace euro-méditerranéen de coopération en matière de santé numérique. Selon lui, si les contextes nationaux diffèrent, les défis, fragmentation des systèmes, inégalités territoriales, vieillissement de la population, pénurie de ressources humaines, sont largement partagés.
Dans cette optique, le Maroc entend jouer un rôle moteur, en mettant à profit ses avancées technologiques et ses partenariats académiques et institutionnels. Le CIeS, qu’il préside, se positionne comme un laboratoire d’idées et de solutions, à l’interface entre recherche, innovation, politique publique et formation.
Un moment-clé pour la diplomatie sanitaire
La participation du Pr Doukkali au Grandi Ospedali Open Meeting revêt également une portée diplomatique. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de projection de l’expertise marocaine à l’international, en particulier dans les domaines où le pays a investi massivement ces dernières années.
Dans son allocution, le président du CIeS a souligné que la santé digitale ne peut être pensée en vase clos. Elle suppose des échanges constants entre pays, des partages de bonnes pratiques, et un engagement collectif pour faire de l’innovation un bien commun.
Alors que le Maroc engage une refonte profonde de son système de santé, la voix portée à Turin confirme une conviction : c’est en intégrant pleinement la révolution numérique que les États pourront mieux soigner, mieux prévenir, et mieux anticiper les crises de demain.

