Santé mentale : près de 8 % des psychiatres marocains ont déjà tenté de se suicider

Un chiffre alarmant vient secouer le monde médical au Maroc : près de 8 % des psychiatres du pays ont déjà tenté de se suicider au moins une fois dans leur vie. Cette donnée, issue d’une étude inédite, met en lumière une fragilité inquiétante chez ceux qui sont censés prendre soin de la santé mentale de la population.

Cette enquête, publiée en 2025 sur Science Direct, a été menée en août 2023 par les psychiatres Mohammed Barrimi et Kaoutar El Mir. Les auteurs la présentent comme la première du genre au Maroc. Leur objectif : mesurer l’ampleur d’un phénomène largement méconnu et encore tabou dans le milieu médical.

L’étude repose sur un sondage en ligne mené auprès de 142 psychiatres travaillant dans le secteur public comme dans le privé. Les résultats révèlent que 7,7 % des répondants déclarent avoir déjà tenté de se suicider. Un chiffre qui, rapporté à la profession, montre une réalité dramatique.

La participation à l’enquête représente environ 40 % du corps psychiatrique marocain, estimé à 418 praticiens seulement pour l’ensemble du pays. Cela équivaut à un psychiatre pour 100.000 habitants, un ratio largement en dessous des besoins en santé mentale.

Parmi les participants, la majorité étaient des femmes, soit 63,7 %. L’âge moyen était de 44 ans, ce qui correspond à une population en pleine activité professionnelle. Plus de la moitié des répondants, soit 59,2 %, exercent dans les structures publiques, souvent marquées par une surcharge de travail et un manque de moyens.

Ces données permettent de mieux comprendre le quotidien de ces praticiens, partagés entre une forte demande de soins, des ressources limitées et une pression émotionnelle permanente.

Des causes souvent ignorées

L’étude identifie plusieurs éléments liés aux tentatives de suicide. Le premier est un antécédent personnel de dépression ou d’anxiété. Le second est le niveau élevé de stress perçu par les psychiatres dans leur pratique quotidienne.

L’usage de substances psychoactives est également relevé, incluant tabac, alcool et anxiolytiques. S’y ajoutent des facteurs familiaux : des antécédents de troubles psychiatriques ou de suicide dans la famille.

Ces résultats confirment ce que les recherches internationales observent : les psychiatres sont plus exposés que d’autres médecins. À l’échelle mondiale, leur risque de suicide est jusqu’à cinq fois plus élevé que celui de leurs confrères d’autres spécialités. Les méthodes les plus fréquentes sont l’empoisonnement et la pendaison.

Un problème encore tabou au Maroc

Pour les auteurs, l’absence de données officielles sur les tentatives de suicide des psychiatres au Maroc explique en partie le silence entourant le sujet. Pourtant, reconnaître l’existence du problème est une étape essentielle. « Il est crucial de comprendre la prévalence et les facteurs associés », insistent-ils.

Les conséquences ne sont pas seulement individuelles. Chaque tentative affecte une famille, des collègues et l’ensemble du système de soins. Un psychiatre fragilisé ne peut assurer pleinement son rôle auprès de patients qui, eux-mêmes, vivent des situations de grande détresse.

Des mesures urgentes à envisager

Face à ces résultats, les chercheurs appellent à des actions concrètes. Ils plaident pour une amélioration des conditions de travail dans les hôpitaux et cliniques, une offre de soutien psychologique accessible aux soignants, mais aussi une lutte déterminée contre la stigmatisation.

Ils insistent également sur la nécessité d’encourager une culture de l’autopréservation dans la profession médicale. Prendre soin de soi ne devrait pas être perçu comme un signe de faiblesse, mais comme une responsabilité professionnelle et humaine.

La situation des psychiatres marocains reflète un problème plus large : la fragilité de la santé mentale dans le pays. Avec seulement un praticien spécialisé pour 100.000 habitants, le Maroc peine à répondre à une demande croissante. Cette insuffisance accentue la pression sur les rares spécialistes en exercice.

Protéger la santé psychologique des psychiatres devient donc une urgence nationale. Car au-delà des chiffres, il s’agit de vies humaines, mais aussi de la qualité des soins offerts à des milliers de patients. Ignorer cette réalité reviendrait à affaiblir davantage un système déjà fragile.

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