Les États-Unis redéfinissent leur présence sanitaire en Afrique à travers l’America First Global Health Strategy. Cette nouvelle doctrine privilégie des accords bilatéraux, assumant la primauté des intérêts stratégiques américains dans la coopération en santé.
Le 4 décembre, le Kenya est devenu le premier pays africain à signer un Health Cooperation Framework d’une durée de cinq ans, doté d’environ 2,5 milliards de dollars. Quelques jours plus tard, la justice kényane a ordonné la suspension de l’accord, invoquant des risques liés à la sécurité des données de santé.
La décision n’a pas freiné Washington. Des cadres similaires ont déjà été annoncés avec le Rwanda, le Lesotho, le Liberia, l’Ouganda et l’Eswatini, confirmant une stratégie régionale fondée sur des partenariats directs, en marge des mécanismes multilatéraux classiques.
Un problème pour la souveraineté sanitaire
Pour de nombreuses organisations de santé publique, cette approche pose un problème de souveraineté sanitaire. Des acteurs du People’s Health Movement dénoncent des accords négociés dans un rapport de force déséquilibré. Selon eux, ces cadres limitent la capacité des pays africains à défendre leurs intérêts collectifs, notamment dans les négociations internationales sur la préparation aux pandémies.
La question du partage des agents pathogènes et des données concentre les critiques. Les accords prévoient la transmission d’échantillons biologiques et d’informations épidémiologiques aux États-Unis, avec la possibilité de les partager avec des tiers, y compris des groupes pharmaceutiques. Les organisations civiles alertent sur l’absence de garanties claires concernant un partage équitable des bénéfices, rappelant l’expérience du Covid-19, où l’Afrique avait eu un accès tardif aux outils médicaux.
Au-delà des données, le rôle croissant du secteur privé américain inquiète. Des entreprises comme Ginkgo Bioworks ou Zipline sont déjà associées à certains accords, notamment au Rwanda, autour de la surveillance épidémique et de l’intelligence artificielle en santé. Pour les ONG, le risque est celui d’une dépendance technologique durable et d’une orientation des priorités sanitaires africaines vers des intérêts extérieurs, au détriment des besoins locaux.

