Avec la rentrée scolaire, de plus en plus de parents choisissent de préparer une lunch box à leurs enfants. Ce choix pratique répond souvent à des contraintes de temps et à la nécessité de s’assurer que leurs chérubins ont un repas durant la journée. Mais derrière cette simplicité se cache un risque : celui de mal orienter l’alimentation des enfants.
Sous l’influence des réseaux sociaux et de l’effet de groupe, certaines lunch-boxes se remplissent davantage de biscuits, chips et boissons sucrées que de fruits, légumes et eau. Les enfants deviennent ainsi ambassadeurs de produits « tendance », parfois importés et coûteux, mais sans réelle valeur nutritionnelle. Ce phénomène, qui flatte leur ego à l’école, compromet en réalité leur croissance et leur santé.
Ces mauvaises habitudes, si elles se répètent, favorisent des problèmes de poids dès le plus jeune âge. Les chiffres sont préoccupants : selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 11 % des enfants de moins de 5 ans au Maroc sont en surpoids, et environ 6 % des 5-19 ans souffrent d’obésité (2024).
Pour comprendre les risques et rappeler les bonnes pratiques, Santé Mag a recueilli les conseils du Dr Valérie Alighieri, médecin généraliste diplômée en nutrition.
Santé Mag : Avec la rentrée, les lunch-boxes se généralisent. Quelles erreurs majeures observez-vous chez les parents marocains ?
Dr Valérie Alighieri : Les lunch-boxes ne sont généralement pas équilibrées. Les parents ont peur que les enfants ne mangent pas et ils privilégient les aliments que leurs enfants aiment, négligeant régulièrement les fruits et légumes.
Exemple classique : club sandwiches (pain de mie) au fromage et/ou à la viande, briquette de jus ou de produit lacté sucré au lieu de l’eau, biscuit au lieu d’un fruit. Parfois même un biscuit supplémentaire ou des snacks salés ou chips pour un en-cas.
Santé Mag : Les aliments « plaisir » (biscuits, jus industriels, chips, bonbons, etc.) sont très présents. Quels risques pour la santé de l’enfant à moyen et long terme ?
Dr Valérie Alighieri : Les aliments « plaisir » (biscuits, jus industriels, chips, bonbons, etc.) sont très présents effectivement. Si l’on observe la pyramide alimentaire (référence en besoins alimentaires), ils sont tout en haut, en ultime position ! Ces produits sont censés être consommés en quantité négligeable. C’est pour cela qu’ils restent des aliments pour le plaisir, occasionnels. Ils ne sont pas considérés comme des aliments nutritifs, indispensables, devant faire partie de l’alimentation quotidienne. Au contraire, leur consommation excessive et régulière favorise l’obésité.
Ce qui devrait être occasionnel est devenu normalité. Les industries, la société de consommation, les publicités y sont pour quelque chose ! Bien souvent, lorsque je reçois un patient pour un rééquilibrage alimentaire, il me pose la question : « Quand est-ce que je pourrai manger normalement ? », c’est pour dire à quel point la malbouffe est devenue la normalité, et la normalité est vue comme un régime restrictif.
C’est très compliqué de faire admettre aux patients, quel que soit l’âge, que ce sont leurs habitudes qui ne sont pas « normales ».
Santé Mag : Beaucoup de parents glissent des jus industriels ou sodas dans les lunch-boxes. Quelle place doit avoir l’eau dans l’alimentation quotidienne des enfants, et comment les inciter à en boire davantage ?
Dr Valérie Alighieri : Si les jus et les sodas n’étaient pas présents sur la table aux repas, dans les foyers en général, comme c’est malheureusement le cas, les enfants ne se poseraient même pas la question. Ils boiraient de l’eau tout naturellement, seule boisson vitale, indispensable et bénéfique pour l’organisme.
Les nourrissons boivent du lait puis ultérieurement de l’eau. Donner à un enfant des boissons sucrées développe son appétence pour le goût sucré des boissons qu’il consomme. Les jus et les sodas ne devraient être consommés qu’occasionnellement.
Dans les écoles, l’eau devrait être donnée à discrétion : peut-être prévoir des distributeurs ou des fontaines à eau. À la maison, une carafe d’eau à disposition sur la table du salon, dans la chambre, dans le réfrigérateur pour ceux qui préfèrent une eau légèrement fraîche, etc. Éventuellement préparer de l’eau avec une décoction de fruits frais pour l’aromatiser, etc.
Santé Mag : Quels seraient, selon vous, les composants d’une lunch-box équilibrée et adaptée à un écolier ?
Dr Valérie Alighieri : Il y a plusieurs formules possibles. On peut donner un sandwich bien sûr, mais avec du pain de qualité, un aliment protéique de qualité (viande blanche ou rouge, omelette ou œuf dur, poisson en conserve comme le thon), mais pas de charcuterie industrielle, nuggets, surimi, etc. Avec éventuellement une sauce faite à la maison si besoin (pas de mayonnaise industrielle ni de ketchup), une portion de légumes équivalente en volume à la portion de féculent (pain dans cet exemple), une portion de fromage ou 1 yaourt (de préférence sans sucre) et un fruit frais ou quelques fruits secs, 1 bouteille d’eau.
Exemple : un sandwich à la viande ou au thon, une salade de tomate, une portion de fromage fondu, une mandarine et une bouteille d’eau. Autre exemple : une salade composée : salade de riz aux légumes (carotte, petit pois, concombre, etc., autant de riz que de légume), thon, cubes de fromage, pomme, eau.
Au-delà de la composition du repas, il faut aussi revoir les quantités, souvent non adaptées aux besoins de l’enfant. Donner des quantités raisonnables mais suffisantes.
Santé Mag : L’école a-t-elle un rôle à jouer dans la sensibilisation et la régulation des produits consommés par les élèves ?
Dr Valérie Alighieri : L’école a bien sûr un rôle à jouer : cantine dans toutes les écoles, menus étudiés, éducation nutritionnelle intégrée aux programmes et meilleure gestion des goûters. La cantine donnerait la possibilité à tous les enfants d’avoir un repas équilibré. Le gros problème rencontré reste cependant la qualité de préparation proposée par les prestataires.
Au Maroc, les familles préparent encore beaucoup de plats traditionnels, les enfants sont habitués au « fait maison » et ont du mal à adhérer aux saveurs et aux modes de cuisson proposés dans les cantines (cuisine de collectivité). Mais il n’y a pas de solution idéale. Il faut essayer en tout cas.
Santé Mag : Quels conseils donneriez-vous aux parents pour concilier praticité, coût raisonnable et équilibre nutritionnel ?
Dr Valérie Alighieri : Des repas simples ! Un féculent, une viande/œuf/poisson, un légume (par exemple tajine viande, haricot vert, pomme de terre), 1 yaourt, 1 fruit et le tour est joué. Un repas équilibré ne coûte pas plus cher qu’un autre. Au contraire, varier la composition de l’assiette permet de consommer moins.
Si on prépare un plat unique de pâtes bolognaises, on va consommer plus de pâtes et de viande que si on y associe des légumes, une portion de fromage, un fruit. Une assiette variée composée simplement : 1 tranche de viande au choix, quelques cuillères de riz, quelques cuillères de salade marocaine, 1 portion de jbane ou un yaourt, 1 banane et 1 verre d’eau. Par ailleurs, contrôler les portions permet de limiter les abus de consommation et devient au final plus économique.

