Réforme de la santé au Maroc : médicaments, hôpitaux et gouvernance au cœur du chantier

La réforme du système de santé se structure autour de trois chantiers : le médicament, l’hôpital et l’organisation territoriale. Portée par le ministre de la Santé et de la Protection Sociale (MSPS), Amine Tehraoui, cette transformation vise à corriger des dysfonctionnements installés depuis plusieurs années.

Sur le terrain, les premières mesures sont visibles. Elles concernent la régulation, les capacités hospitalières et l’organisation des soins. Le secteur pharmaceutique fait l’objet d’un encadrement renforcé. La mise en place de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé introduit un nouveau mode de gestion, avec davantage de contrôle sur l’autorisation, la qualité et le suivi des médicaments.

Plusieurs textes réglementaires ont été adoptés pour structurer ces missions, notamment autour de la mise sur le marché, de la surveillance et des conditions d’exercice. Le ministre insiste sur un changement de modèle, fondé sur la gouvernance, la réforme du cadre juridique et la digitalisation des procédures.

La plateforme « Tarkhiss » s’inscrit dans cette logique. Elle centralise les demandes d’autorisation et permet un suivi en temps réel, avec l’objectif de réduire les délais et d’améliorer la transparence.

La question de l’approvisionnement reste suivie de près. Le ministère a mis en place une liste nationale actualisée des médicaments essentiels, accompagnée de mécanismes de veille pour anticiper les tensions.

Sur le dossier de l’ouverture du capital des pharmacies, la position est claire. Le ministre affirme que ce sujet n’est pas à l’ordre du jour et que toute évolution passera par une approche concertée avec les professionnels.

Vers un meilleur encadrement des professions de santé

Au-delà du médicament, la réforme s’étend à l’encadrement des professions. Le ministère travaille actuellement à la révision du projet de loi 25.14 relatif aux métiers de préparateurs et de manipulateurs de produits de santé.

Selon Amine Tehraoui, ce chantier s’inscrit dans une démarche participative. Il vise à adapter le cadre légal à l’évolution de ces professions, notamment celles dites « professions de santé paramédicales » qui se sont développées sans encadrement suffisant.

Le ministre évoque des discussions anciennes, freinées par des divergences entre acteurs. La révision en cours doit permettre d’aboutir à un texte actualisé, aligné avec les pratiques actuelles et intégrant les attentes des professionnels.

L’objectif reste d’améliorer la qualité des prestations tout en clarifiant les responsabilités dans ces métiers en expansion.

Répondre à la pression quotidienne dans les hôpitaux

L’hôpital public concentre une grande partie des attentes. Les mesures engagées depuis fin 2025 ciblent les services les plus sollicités. Les urgences ont été réorganisées avec un système de tri selon la gravité. Les effectifs ont été renforcés, avec 531 professionnels mobilisés. Cette réorganisation s’accompagne d’investissements importants en équipements et en mise à niveau.

Les approvisionnements en médicaments ont progressé de 26 %, permettant d’améliorer le traitement des demandes urgentes. La capacité hospitalière évolue également. Plus de 1.700 lits ont été ajoutés depuis fin 2025, avec de nouveaux établissements. D’autres ouvertures sont prévues d’ici fin 2026 pour réduire la pression.

Le ministère agit aussi sur l’accueil des patients. Des assistants médico-sociaux ont été déployés et les circuits de prise en charge ont été réorganisés pour limiter les ruptures.

La plateforme « Chikaya Santé » introduit un suivi structuré des réclamations. Elle permet d’identifier rapidement les dysfonctionnements et d’y répondre.

Une gestion territoriale en cours de déploiement

La réforme repose sur une nouvelle organisation. Les groupes sanitaires territoriaux constituent le cadre retenu pour structurer l’offre de soins à l’échelle régionale.

L’expérimentation dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma montre des résultats. Les consultations ont progressé de 11 %, avec une amélioration de l’accès dans certaines zones, notamment à Larache.

Le ministre indique que ces résultats marquent le début de mise en œuvre du modèle régional. Le projet entre dans une phase avancée, avec la nomination de responsables et la préparation des instances de gouvernance.

Un projet de décret sur la mobilité des professionnels est en préparation. Il prévoit une gestion plus transparente des affectations, via une plateforme numérique.

Corriger les déséquilibres territoriaux

Le chantier des ressources humaines s’intensifie. En 2025, 6.500 postes ont été ouverts. 8.000 sont programmés pour 2026. Le MSPS mise aussi sur la formation. Quatre nouvelles facultés ont été créées, augmentant fortement la capacité d’accueil.

Le rééquilibrage territorial devient une priorité. Une large part des recrutements est orientée vers le monde rural pour réduire les écarts d’accès aux soins.

Des réformes ont également été engagées sur les statuts, les indemnités et les conditions de travail, notamment pour les gardes et la permanence.

Une transformation qui s’élargit pour la santé

La réforme du système de santé ne se limite plus aux structures. Elle intègre désormais la régulation des professions, la gouvernance et les conditions d’exercice.

Les premiers résultats apparaissent sur certains indicateurs, notamment l’activité hospitalière et l’accès aux soins. D’autres aspects restent en cours d’ajustement.

La suite dépendra de la capacité à coordonner ces différents chantiers et à traduire ces changements en améliorations concrètes pour les patients.

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