Le 28 septembre coïncide avec la Journée Mondiale de lutte contre la rage, qui reste l’une des maladies infectieuses les plus redoutées au Maroc. Chaque année, ce virus transmis principalement par les chiens errants cause la mort de plusieurs dizaines de personnes.
Durant l’été, la mort d’un touriste britannique, d’une autre suisse et de jeunes Marocains, après des morsures a rappelé, avec brutalité, que cette infection, pourtant évitable, demeure une urgence sanitaire.
Selon l’Alliance mondiale contre la rage, le Maroc enregistre en moyenne 80 décès humains par an, alors que le taux de vaccination des chiens ne dépasse pas 14 %. Entre 2000 et 2022, plus de 450 cas confirmés ont été recensés. Ces chiffres révèlent un problème structurel dans la prévention et la gestion d’une maladie que l’on peut pourtant contrôler.
Pour réduire les risques, plusieurs communes recourent encore à l’abattage massif des chiens errants. Mais cette méthode est de plus en plus critiquée par des ONG, qui la jugent inhumaine et inefficace sur le long terme. Elles défendent une approche basée sur la stérilisation, la vaccination et le retour des chiens dans leur milieu (TNVR), une stratégie déjà appliquée avec succès dans d’autres pays.
À l’approche du Mondial 2030, cette question dépasse le cadre sanitaire. L’image du Maroc, appelé à accueillir des millions de visiteurs, pourrait être ternie par des scènes d’abattage relayées sur les réseaux sociaux. Le débat devient autant une question de santé publique qu’un enjeu de réputation internationale.
Les défis de la prévention
La rage est une maladie évitable grâce à deux leviers principaux : la vaccination des chiens et la prise en charge rapide après une morsure. Pourtant, leur application reste inégale. Dans plusieurs zones rurales, les vaccins ne sont pas toujours disponibles, ce qui retarde le traitement. Beaucoup de familles ignorent aussi l’urgence de consulter immédiatement après une morsure, ce qui aggrave le risque d’infection. Dans certains cas, la morsure d’un chien est banalisée, alors qu’elle devrait toujours être prise au sérieux.
Si le ministère de la Santé a intensifié ses campagnes de prévention contre les morsures de scorpions et de serpents, la rage reste encore en retrait dans la communication publique, malgré son impact plus meurtrier.
Objectif 2030 : une échéance à ne pas négliger
L’Organisation mondiale de la santé s’est fixé pour but d’éliminer les décès humains dus à la rage canine d’ici 2030. Pour le Maroc, cette échéance coïncidera avec l’accueil de la Coupe du monde, un rendez-vous planétaire qui oblige le pays à redoubler d’efforts.
Pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire d’accroître fortement la vaccination canine, en visant une couverture d’au moins 70 %. Cette stratégie devra être combinée à des campagnes de stérilisation pour contrôler la population de chiens errants. La formation des professionnels de santé et des vétérinaires sera déterminante pour améliorer la prise en charge rapide des cas suspects. Enfin, il faudra renforcer la sensibilisation du public, en particulier dans les zones rurales et touristiques, afin de diffuser les bons réflexes face à une morsure.
Le Maroc se trouve face à une décision stratégique. Poursuivre une politique d’abattage de masse, contestée et inefficace, ou investir dans une stratégie durable qui combine santé animale, protection des citoyens et respect du bien-être animal. Au-delà des vies humaines épargnées, c’est aussi l’image d’un pays moderne, accueillant et responsable qui est en jeu. À l’heure où le monde se prépare à se tourner vers le Maroc en 2030, la lutte contre la rage ne peut plus être laissée de côté.

