Une nouvelle baisse des prix de plusieurs médicaments, décidée par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, ravive les tensions dans le secteur pharmaceutique.
Portée par le ministre Amine Tehraoui et officialisée via un décret publié dans le Bulletin Officiel, la mesure concerne 17 spécialités, avec des réductions allant de 4 à 319 dirhams, aussi bien dans les hôpitaux qu’en officine.
L’objectif affiché est clair : améliorer l’accessibilité aux traitements, réduire les inégalités d’accès aux soins et maîtriser les dépenses de santé. Mais si certains patients y voient un geste bienvenu, les professionnels du secteur, eux, dénoncent une réforme conduite sans concertation, aux conséquences potentiellement néfastes.
Des médicaments d’usage courant dans le viseur
Parmi les produits concernés figurent des médicaments utilisés dans le traitement de pathologies neurologiques lourdes, comme la maladie d’Alzheimer, ou encore des produits de contraste pour IRM cérébrale et médullaire. Des traitements considérés comme essentiels, parfois peu remboursés, et dont le coût pouvait constituer un frein pour une partie de la population.
Selon les autorités, cette révision tarifaire s’inscrit dans une logique de santé publique. Elle répond à des demandes formulées par certains laboratoires, validées par la commission interministérielle des prix. Un argument qui ne suffit pas à calmer la colère des syndicats de pharmaciens.
Des professionnels exclus du processus
Pour la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, cette baisse est avant tout une décision unilatérale. Les quelque 14.000 officines du pays n’ont pas été consultées, alors qu’elles sont directement concernées par les effets de ces modifications tarifaires.
Au-delà de la méthode, c’est le fond qui interroge. « On continue de réduire le prix de médicaments à faible coût, qui traitent des maladies fréquentes, au lieu de cibler ceux qui pèsent le plus lourd sur les budgets des familles et des mutuelles », confie un pharmacien installé à Casablanca. Selon lui, ces baisses pourraient rendre certains médicaments non rentables à produire, ce qui inciterait certains laboratoires à retirer ces produits du marché, aggravant les pénuries déjà constatées dans plusieurs régions.
Une réforme aux effets ambigus
Les pharmaciens appellent à plus de cohérence dans les choix opérés. À leurs yeux, une politique de prix réellement efficace devrait porter en priorité sur les médicaments les plus chers, dont certains peuvent dépasser plusieurs milliers de dirhams et sont souvent prescrits pour des pathologies chroniques ou graves. Ces traitements, en forte croissance, représentent jusqu’à 30 % des dépenses des régimes d’assurance maladie.
En s’attaquant à ces produits onéreux, l’État pourrait non seulement soulager les patients, mais aussi alléger la pression sur les caisses publiques. « Baisser le prix d’un médicament à 40 dirhams de 4 dirhams, c’est symbolique. Mais baisser de 500 dirhams un traitement à 2.000 dirhams, c’est structurel », résume un acteur du secteur.
Un appel au dialogue pour éviter les ruptures
Dans un contexte marqué par des difficultés d’approvisionnement récurrentes et un pouvoir d’achat sous tension, cette décision du ministère, bien que légitime sur le principe, pose la question de sa mise en œuvre et de son efficacité à long terme.
Sans concertation avec les acteurs de la chaîne du médicament, pharmaciens, grossistes, laboratoires, le risque est réel de créer un déséquilibre qui pourrait nuire à l’objectif initial : renforcer l’accès aux soins.
Pour les professionnels, il est urgent d’instaurer un cadre de dialogue pérenne, afin que les réformes engagées puissent répondre aux réalités du terrain. Car au bout de la chaîne, ce sont les patients qui paient le prix d’une politique mal calibrée.

