L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a dressé, ce 4 novembre, un bilan contrasté de la lutte contre le paludisme en 2024. Les nouveaux outils de prévention, dont les moustiquaires à double couche et le premier vaccin recommandé par l’OMS, ont permis de freiner la progression de la maladie.
L’agence estime que ces dispositifs ont contribué à éviter près de 170 millions de cas et un million de décès au cours de l’année. Depuis 2021, 24 pays ont intégré le vaccin dans leur calendrier vaccinal. Parallèlement, la prévention saisonnière étend sa couverture : 54 millions d’enfants ont reçu un traitement préventif en 2024, contre quelques centaines de milliers il y a douze ans.
La dynamique d’élimination progresse elle aussi. Quarante-sept pays et un territoire sont aujourd’hui certifiés exempts de paludisme. Le Cap-Vert et l’Égypte obtiennent cette reconnaissance en 2024, avant la Géorgie, le Suriname et le Timor-Leste en 2025.
Mais la situation demeure préoccupante. Le rapport annuel évalue à 282 millions le nombre de cas en 2024, pour 610.000 décès, soit une hausse de près de 9 millions de cas en un an. La Région africaine de l’OMS concentre 95 % des décès, avec un impact majeur chez les enfants de moins de 5 ans.
Des défis importants
Le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, avertit que les progrès restent fragiles. Il cite la montée de la résistance aux médicaments, les effets des restrictions budgétaires et la multiplication des contraintes opérationnelles. L’agence confirme une résistance partielle à l’artémisinine dans huit pays africains et une baisse d’efficacité de certains tests rapides liée à la délétion du gène « pfhrp2 ». Elle pointe aussi la résurgence d’ « Anopheles stephensi », vecteur urbain difficile à contrôler.
Les moustiquaires perdent en efficacité dans plusieurs zones en raison de la résistance aux pyréthrinoïdes, observée dans 48 pays. Le rapport mentionne en outre l’impact des événements climatiques extrêmes, des conflits et d’un financement mondial insuffisant, estimé à 3,9 milliards de dollars en 2024, soit moins de la moitié de l’objectif fixé pour 2025.
Pour Martin Fitchet, PDG de Medicines for Malaria Venture, la progression de la résistance impose « des traitements dotés de mécanismes d’action nouveaux ».
Face à ces défis, l’OMS appelle les pays touchés à maintenir les engagements pris dans la Déclaration de Yaoundé et à renforcer les actions prévues dans l’initiative Big Push, afin de préserver les avancées obtenues depuis vingt ans et d’éviter une recrudescence durable de la maladie.

