Moisissures domestiques : le Dr Harifi décrypte les risques pour la santé respiratoire

Avec le froid et l’humidité qui ont récemment marqué l’actualité météo au Maroc, les moisissures réapparaissent dans de nombreux logements. De petites taches sombres sur les murs, derrière les meubles ou près des fenêtres deviennent alors un phénomène courant en hiver.

Loin d’être un simple problème esthétique, leur présence traduit souvent un excès d’humidité dans l’air intérieur, lié à la condensation, à une ventilation insuffisante ou à des infiltrations. Dans des espaces mal aérés, ces micro-organismes trouvent des conditions idéales pour se développer de manière progressive et discrète.

Les moisissures sont en réalité des champignons microscopiques naturellement présents dans l’air. Leurs spores circulent en permanence dans l’environnement et pénètrent dans les habitations par les fenêtres, la ventilation, les vêtements ou la poussière. Leur présence est donc normale. Ce qui devient problématique, en revanche, est leur prolifération excessive lorsque l’humidité s’installe durablement sur les surfaces.

Dans un logement, l’apparition des taches résulte généralement d’un processus lent : accumulation d’humidité locale, dépôt de spores invisibles, germination microscopique puis formation de colonies visibles, aux teintes noires, vertes, grises ou blanchâtres selon les espèces et les matériaux colonisés.

Plusieurs genres de moisissures sont fréquemment retrouvés dans les environnements intérieurs humides, notamment Aspergillus, Penicillium, Cladosporium ou encore Stachybotrys, parfois appelée « moisissure noire ».

Certaines espèces peuvent être associées à des réactions allergiques, irritatives ou, dans des environnements fortement contaminés, à la production de mycotoxines. Toutefois, toutes les moisissures ne sont pas toxigènes, et la simple présence de taches visibles ne signifie pas systématiquement un risque toxique.

Dans une approche de toxicologie environnementale, le véritable enjeu sanitaire dépend surtout de la durée d’exposition, du niveau de contamination et de la vulnérabilité des occupants, en particulier les enfants, les personnes asthmatiques ou allergiques.

Dans cet échange avec Santé Mag, le Dr Hala Harifi, docteur en physiologie, toxicologie et santé, explore le sujet des moisissures domestiques, leurs mécanismes de développement et leurs impacts potentiels sur la santé.

Pourquoi l’humidité favorise-t-elle leur prolifération ?

Dr Harifi : L’humidité constitue le principal facteur déclencheur du développement des moisissures. Lorsqu’une surface reste humide, à cause de la condensation, d’une fuite ou d’une infiltration, les spores peuvent germer et former des colonies fongiques.

Ces micro-organismes ont besoin d’eau, d’une température modérée et d’un support nutritif comme la peinture, le plâtre ou le bois. Sans humidité persistante, leur croissance reste généralement limitée.

Comment apparaissent les taches sur les murs ?

Dr Harifi : L’apparition des moisissures est progressive et souvent discrète. Elle débute par une accumulation d’humidité locale, suivie du dépôt de spores invisibles, puis d’une germination microscopique avant la formation de colonies visibles. Les taches peuvent être noires, vertes, grises ou blanchâtres, selon les espèces présentes et le support colonisé.

Quelles moisissures trouve-t-on fréquemment dans les logements ?

Dr Harifi : Plusieurs genres de moisissures sont régulièrement identifiés dans les habitations humides. Aspergillus est fréquemment présent dans l’air intérieur et peut être impliqué dans des réactions allergiques ou irritatives. Penicillium apparaît souvent sous forme de taches bleu-vert et est associé à des manifestations allergiques chez les personnes sensibles. Cladosporium est très répandu en intérieur comme en extérieur et peut contribuer aux allergies respiratoires. Stachybotrys, connue sous le nom de « moisissure noire », se développe surtout sur des matériaux fortement humidifiés et certaines espèces peuvent produire des mycotoxines.

Peut-on parler de toxicité ?

Dr Harifi : Certaines moisissures produisent des mycotoxines, des substances biologiquement actives issues du métabolisme fongique. Leur impact dépend de la dose, de la durée d’exposition et de la sensibilité des occupants.

Toutes les moisissures ne sont pas toxigènes, et la présence de taches visibles ne permet pas, à elle seule, de conclure à un risque toxique. Toutefois, dans des environnements très humides et fortement contaminés, cette dimension est prise en compte en toxicologie environnementale.

Quels effets peuvent-elles avoir sur l’organisme ?

Dr Harifi : Dans un logement humide, l’exposition prolongée aux moisissures peut entraîner des irritations des voies respiratoires, une toux persistante, une gêne respiratoire ou une sensation de gorge sèche. Elle peut également aggraver l’asthme, provoquer une rhinite, des éternuements fréquents et des yeux rouges ou irrités.

Chez les personnes sensibles, des réactions allergiques peuvent apparaître, accompagnées parfois de manifestations cutanées, de maux de tête, de fatigue ou d’un inconfort général dans les environnements très contaminés.

Pourquoi les enfants sont-ils plus vulnérables ?

Dr Harifi : Les enfants sont plus vulnérables car leur système respiratoire est encore en développement et plus réactif aux irritants présents dans l’air. Leur respiration plus rapide augmente l’inhalation de spores. Passant davantage de temps à l’intérieur, ils sont plus exposés à un air humide ou contaminé, ce qui peut favoriser les irritations, les allergies ou l’aggravation de l’asthme.

Quelles stratégies efficaces adopter pour prévenir les moisissures en saison froide ?

Dr Harifi : En hiver, l’humidité est souvent invisible avant l’apparition des moisissures. Il est recommandé d’aérer quotidiennement le logement, même par temps froid, entre 15 et 30 minutes, afin de renouveler l’air intérieur. Le maintien d’une température stable, la ventilation après la douche et la cuisson, ainsi que l’essuyage régulier de la condensation sur les fenêtres contribuent à limiter l’humidité.

Il est également préférable de sécher le linge dans une pièce ventilée, d’écarter légèrement les meubles des murs froids et de réparer rapidement toute fuite ou infiltration. Pour les petites surfaces contaminées, le nettoyage avec des protections adaptées, suivi d’un séchage complet de la zone, est essentiel.

Dans la chambre d’enfant, une vigilance accrue s’impose, avec une aération quotidienne, une température modérée et l’évitement du séchage du linge dans la pièce. Enfin, il est important d’éviter certaines erreurs fréquentes, comme ignorer les petites taches, repeindre sans traiter la cause de l’humidité, bloquer les grilles de ventilation ou ne jamais aérer en hiver.

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