Médicament au Maroc : les failles d’un système sous tension

Le Conseil de la concurrence a récemment livré une analyse approfondie du marché du médicament au Maroc. Entre délais d’autorisation prolongés, concentration de la distribution et fragilité économique des acteurs, plusieurs dysfonctionnements structurels freinent l’accès aux traitements et limitent la concurrence.

Le premier point de tension concerne l’accès au marché. Dans son avis n° A/6/25, adopté après délibération les 18 décembre 2025 et 26 février 2026, le Conseil de la concurrence met en cause la lenteur des procédures d’autorisation de mise sur le marché.

Selon les professionnels auditionnés, l’obtention d’une autorisation nécessite entre deux et trois ans. Ces délais dépassent les standards réglementaires et retardent l’arrivée des médicaments.

Les conséquences sont directes. L’introduction des traitements innovants prend du retard. Les génériques et biosimilaires arrivent plus tardivement, limitant la concurrence et la baisse des prix.

Le Conseil pointe la complexité du processus. L’instruction des dossiers repose sur plusieurs étapes : analyses techniques, demandes de compléments et consultations de commissions.

La protection des données cliniques prolonge encore les délais. Ce mécanisme limite l’accès rapide des génériques au marché. Ce cadre, conçu pour garantir la sécurité, devient un facteur de ralentissement pour le secteur.

Une distribution dominée par quelques acteurs

En parallèle, le Conseil met en évidence une forte concentration du marché de la distribution. En 2024, le Maroc compte 66 grossistes-répartiteurs. Cela dit, il s’avère que six groupes contrôlent à eux seuls 84% des parts de marché. Trois d’entre eux concentrent près de 65% du secteur.

Cette concentration limite la concurrence et renforce le poids des acteurs dominants. La répartition géographique accentue cette dynamique. Près de 39% des grossistes se situent dans les régions de Casablanca et Rabat. Le marché de la distribution représente un chiffre d’affaires de 16,26 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 11,3% sur un an.

Malgré cette croissance, la rentabilité reste faible. La marge nette moyenne atteint environ 1,1%. Le ratio de rentabilité s’établit à 0,66% en 2023, contre plus de 2% avant 2014. Les charges d’exploitation ont augmenté de 36% entre 2020 et 2024. Les remises accordées aux pharmacies réduisent encore les marges effectives.

Un double verrou qui limite la concurrence

Les délais de paiement des pharmacies dépassent souvent les trois mois. En 2023, ils atteignent en moyenne 104 jours. Dans le même temps, les grossistes doivent payer les laboratoires sous 45 à 60 jours. Ce décalage crée une pression importante sur la trésorerie.

Le cycle d’exploitation moyen atteint 86 jours. Les grossistes assurent ainsi un rôle proche de celui d’un financeur.

Les dysfonctionnements ne sont pas isolés. Ils s’additionnent et créent un effet de blocage. Les procédures administratives ralentissent l’arrivée des médicaments. La distribution reste concentrée entre quelques acteurs.

Ce double verrou limite l’entrée de nouveaux produits et de nouveaux opérateurs. Il freine la diffusion des alternatives moins coûteuses.

Un déséquilibre au détriment de la production locale

Le Conseil souligne un déséquilibre commercial important. En 2024, les importations dépassent 10,6 milliards de dirhams. Les exportations atteignent environ 1,6 milliard. Le déficit s’élève à 9 milliards de dirhams. Ces chiffres mettent en évidence la fragilité de l’industrie pharmaceutique nationale.

Face à ces constats, le Conseil appelle à une réforme globale. Il recommande de simplifier les procédures et d’adapter les mécanismes de prix. L’objectif consiste à concilier sécurité sanitaire et efficacité économique.

Face à ces faits, les recommandations du Conseil de la concurrence posent une question centrale : comment garantir un accès rapide aux médicaments tout en assurant la soutenabilité du secteur ?

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