À l’occasion de Mars Bleu, Santé Mag s’intéresse au cancer colorectal, aujourd’hui bien installé dans le paysage sanitaire marocain. La rédaction a recueilli l’analyse du Pr Fadila Kouhen, doyenne de la Faculté Mohammed VI de Médecine de Rabat et professeure en oncologie-radiothérapie à l’HUIM6.
Les données les plus récentes confirment une présence croissante de ce cancer au Maroc. Plus de 5.300 nouveaux cas sont enregistrés chaque année. Environ 2.900 décès lui sont liés. Le cancer colorectal représente près de 8 % de l’ensemble des cancers dans le Royaume.
Chez l’homme, il dépasse 9 % des cas. Chez la femme, il se situe autour de 7 à 8 %. Il occupe ainsi le troisième rang des cancers les plus fréquents, tous sexes confondus.
Un recours tardif aux soins
Dans la pratique, de nombreux patients arrivent à un stade avancé. Le Pr Kouhen évoque des situations où la maladie est déjà étendue au moment du diagnostic.
Plusieurs éléments se recoupent. Les troubles digestifs sont souvent perçus comme bénins. Certains symptômes, comme les saignements, restent peu évoqués en consultation. Le parcours vers le spécialiste prend du temps.
L’absence d’un programme national de dépistage organisé pèse également. Le repérage repose encore sur des initiatives individuelles ou sur des consultations motivées par des symptômes.
Le dépistage encore peu ancré
Les recommandations internationales situent le début du dépistage à 45 ans pour la population à risque moyen. En cas d’antécédents familiaux, il doit commencer plus tôt.
Au Maroc, ce repère reste peu intégré. Le test de dépistage n’est pas encore entré dans les habitudes. Beaucoup de patients ne consultent qu’après l’apparition de signes visibles.
Pour le Pr Kouhen, la question ne se limite pas à l’âge de début. Elle concerne aussi la manière dont la prévention s’inscrit dans le quotidien.
Une prise en charge qui évolue
Les approches thérapeutiques ont changé ces dernières années. La chirurgie reste centrale, mais elle s’intègre désormais dans des parcours plus structurés.
Les traitements tiennent compte du profil tumoral. Les analyses moléculaires orientent les décisions. Certaines formes bénéficient de thérapies ciblées.
Les réunions de concertation pluridisciplinaire se sont généralisées. Elles permettent d’ajuster les stratégies en fonction de chaque situation.
Une organisation en mutation
Plusieurs structures renforcent leurs capacités en oncologie. Les équipements évoluent. Les équipes se spécialisent davantage.
Au sein de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS), l’accent porte sur l’articulation entre soins, formation et recherche. L’idée consiste à améliorer la prise en charge tout en développant les compétences.
Mars Bleu, un rappel des réalités du terrain
Le cancer colorectal progresse au Maroc. Les chiffres le montrent. Les cliniciens décrivent des diagnostics encore tardifs.
Dans ce contexte, le dépistage reste un point de bascule. Plus il intervient tôt, plus les chances de traitement sont élevées.
À travers cet échange, le Pr Kouhen insiste sur la nécessité de consulter dès les premiers signes et de ne pas attendre l’aggravation des symptômes.

