La lutte contre la corruption dans le secteur de la santé revient au centre du débat institutionnel. L’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC) vient de relancer une étude destinée à analyser les risques de corruption au sein du système de santé marocain.
Cette nouvelle étude de terrain doit permettre d’identifier les points de vulnérabilité de la chaîne sanitaire. L’Instance a prévu un budget d’environ 2,94 millions de dirhams pour sa réalisation. L’ouverture des offres est programmée le 7 avril 2026 à Rabat.
La relance de cette étude intervient après l’annulation d’un premier appel d’offres en décembre 2025. Celui-ci avait suscité des interrogations dans les milieux professionnels et médiatiques.
Le cabinet d’études retenu entretenait en effet des relations contractuelles avec un groupe de santé privé actif dans le secteur analysé. Cette situation a soulevé la question de l’indépendance du prestataire chargé d’évaluer les risques de corruption.
Face à la controverse, l’Instance a choisi d’annuler la procédure initiale et de lancer un nouvel appel d’offres avec des conditions révisées.
Une irrégularité relevée dans la procédure
Un avis consultatif de la Commission nationale de la commande publique a également mis en évidence un défaut procédural dans la préparation du dossier d’appel d’offres.
Selon cet avis, cette anomalie suffisait à invalider l’ensemble de la procédure. La décision d’annulation s’appuie donc principalement sur cette irrégularité administrative.
Le débat public s’était toutefois concentré sur la question du conflit d’intérêts potentiel.
Une cartographie des risques dans la santé
La future étude vise à produire une analyse détaillée des formes de corruption dans le secteur de la santé. Elle devra examiner leurs causes, leur fréquence et leurs conséquences sur la qualité des services.
Les chercheurs analyseront également l’environnement institutionnel et réglementaire du système de santé marocain. Une comparaison internationale avec six pays de niveaux de développement différents figure aussi dans le cahier des charges.
Trois domaines feront l’objet d’une attention particulière :
- le parcours de soins des patients dans les structures de santé
- la chaîne de distribution des produits de santé, notamment les médicaments
- le fonctionnement du secteur privé, incluant cliniques et cabinets médicaux.
Un secteur perçu comme particulièrement exposé
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des travaux menés par l’Instance sur la perception de la corruption au Maroc. Une enquête nationale réalisée en 2022 montrait déjà que la santé constitue une préoccupation majeure pour les citoyens. Plus de la moitié des Marocains interrogés placent la qualité des soins parmi leurs priorités.
L’étude révélait également une forte perception de la corruption dans ce secteur. Près de 68 % des citoyens estiment que ces pratiques sont répandues dans le système de santé. Par ailleurs, 17 % des usagers du secteur public déclarent avoir été confrontés à une demande de paiement informel lors de leurs démarches médicales.
À travers cette nouvelle étude, l’Instance cherche à mieux comprendre les mécanismes de corruption qui affectent le secteur. Les résultats attendus devraient permettre d’identifier les zones les plus sensibles et de proposer des mesures de prévention adaptées. Pour les autorités, renforcer l’intégrité du système de santé constitue un levier essentiel pour améliorer la qualité des soins et restaurer la confiance des citoyens.

