Santé mentale au Maroc : entre urgence et négligence

Longtemps reléguée au second plan, la santé mentale revient progressivement au cœur des préoccupations au Maroc. Pourtant, malgré quelques avancées, le sujet reste entouré de silence, de tabous, et souffre d’un manque criant de moyens humains et logistiques.

Les troubles mentaux, anxiété, dépression, stress post-traumatique, touchent aujourd’hui un nombre croissant de Marocains. Les chiffres communiqués fin 2022 par le ministère de la Santé et plusieurs ONG révèlent une réalité inquiétante, mais probablement en dessous de la réalité actuelle. Ces pathologies pèsent lourdement sur le quotidien des personnes concernées, avec des répercussions sur leur vie personnelle, sociale et professionnelle.

Une stigmatisation encore pesante

Parler de santé mentale reste difficile. Beaucoup hésitent à consulter par peur du regard des autres, par honte, ou simplement parce qu’ils ignorent à qui s’adresser. Cette stigmatisation freine la prévention, retarde les prises en charge et aggrave les souffrances. Les campagnes de sensibilisation sont encore trop rares, souvent limitées dans leur portée.

Le nombre de professionnels spécialisés est très insuffisant. En dehors des grandes villes, il devient quasiment impossible de trouver un psychiatre ou un psychologue. Les hôpitaux manquent d’unités adaptées, et les structures de proximité sont quasi inexistantes. Ce désert médical, combiné à la cherté des consultations privées, laisse de nombreux patients sans solution.

Un accès aux soins inégal et limité

Quelques efforts sont néanmoins à souligner : lancement de lignes d’écoute, projets associatifs d’accompagnement, campagnes ponctuelles… Mais ces actions restent isolées et manquent de coordination. Pour qu’elles aient un impact durable, il faudra les inscrire dans une stratégie nationale, avec des moyens conséquents et une volonté politique claire.

Les jeunes, souvent exposés à une forte pression sociale ; les femmes, parfois confrontées à des violences ; les personnes âgées ou précaires, toutes sont concernées. Pour répondre à ces enjeux, le Maroc doit aller au-delà des déclarations d’intention. Investir dans la santé mentale, c’est investir dans le tissu social tout entier.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner