Le Maroc serre la vis sur les importations de produits avicoles. L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a décidé, dans une note datée du 4 septembre, de suspendre provisoirement l’entrée sur le territoire de volailles, œufs et dérivés en provenance du Portugal, suite à l’apparition d’un foyer de grippe aviaire hautement pathogène près de Lisbonne.
Selon le document, dont Santé Mag détient une copie, cette décision est temporaire, mais reste ouverte dans sa durée. Elle sera réévaluée en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique.
Ainsi, sont concernés par cette suspension : les volailles vivantes, la viande, les produits transformés, les œufs à couver ainsi que les aliments pour animaux issus du Portugal. Seuls les produits traités thermiquement, à même de neutraliser le virus, pourront franchir les frontières, à condition d’être accompagnés d’un certificat sanitaire en bonne et due forme.
L’ONSSA précise qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de prévention face au virus de la grippe aviaire, déjà signalé ailleurs en Europe. L’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a, en effet, récemment recensé d’autres foyers, notamment en Allemagne, forçant les autorités locales à procéder à l’abattage de milliers de volailles.
Des prix sous tension
Cette annonce intervient dans un contexte déjà tendu pour les consommateurs marocains. À Casablanca, les prix du poulet ne cessent de grimper. Fin août à Casablanca, le kilo atteignait 20 dirhams sur les marchés de gros, pour dépasser les 22 dirhams chez les détaillants. Une hausse jugée préoccupante par les professionnels du secteur, qui pointent une conjonction de facteurs.
D’une part, la demande explose durant l’été, portée par les festivités, les traiteurs et les mariages. D’autre part, les coûts de production ont flambé, entre hausse du prix des aliments pour volailles, carburants et logistique. Pour les éleveurs, les marges se resserrent, malgré cette hausse des prix à la consommation. Et pour les ménages, c’est une double peine : la volaille, considérée comme une alternative plus abordable à la viande rouge, devient à son tour un produit difficile d’accès, surtout à un moment qui coïncide avec la reprise scolaire.
Un appel à solutions
Le Portugal figure parmi les principaux fournisseurs du Maroc en volailles congelées et œufs à couver. Cette suspension soudaine risque de perturber les chaînes d’approvisionnement, en particulier dans les secteurs de la restauration collective et de la transformation agroalimentaire. Faute de solution de rechange immédiate, certains professionnels redoutent un déséquilibre durable de l’offre.
Si des marchés alternatifs existent (Espagne, Brésil ou encore Ukraine) leur sollicitation nécessite une logistique adaptée, des délais de livraison maîtrisés et, souvent, des coûts supplémentaires. À terme, cette dépendance accrue pourrait renforcer la pression sur les prix de vente.
Des voix s’élèvent donc pour appeler à un plan d’accompagnement. Objectif : soutenir les producteurs locaux, stabiliser les coûts d’alimentation animale et sécuriser les circuits d’importation. Car si la priorité est à la protection sanitaire, il s’agit aussi de préserver la sécurité alimentaire et le pouvoir d’achat des Marocains.
Vigilance renforcée pour l’automne
L’ONSSA, de son côté, rappelle que le risque de propagation reste élevé, notamment à travers les oiseaux migrateurs, considérés comme les principaux vecteurs du virus. À l’approche de l’automne, période propice aux mouvements migratoires, les services vétérinaires marocains renforcent la surveillance des élevages et des zones humides.
La situation est suivie de près, mais pour les acteurs du secteur, elle illustre une fois encore la fragilité d’un marché dépendant des importations, et le besoin d’anticipation. Car en matière de sécurité sanitaire comme de stabilité économique, la marge d’erreur est étroite.

