Journée mondiale de la santé : le Pr Samlali appelle à repenser le financement et la complémentarité public-privé au Maroc

Chaque 7 avril, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) appelle les États à renforcer leurs systèmes de santé et à garantir un accès équitable aux soins. Cette édition intervient dans un contexte mondial marqué par des tensions persistantes sur les ressources, les financements et les capacités humaines.

À l’échelle internationale, les déséquilibres restent profonds. En 2024, près de 4,5 milliards de personnes dans le monde n’avaient toujours pas accès à des services de santé essentiels. Chaque année, plus d’un milliard d’individus subissent des dépenses de santé catastrophiques. À cela s’ajoute une pénurie structurelle de professionnels, avec un déficit estimé à plus de 10 millions de soignants à l’horizon 2030. Ces tensions affectent particulièrement les pays à revenu intermédiaire.

Des réformes structurantes en cours au Maroc

Au Maroc, la réforme du système de santé s’accélère. Depuis 2021, la généralisation de la couverture médicale obligatoire a profondément élargi la base des assurés. En 2025, près de 30 millions de Marocains sont couverts, contre environ 9 millions auparavant.

Parallèlement, les investissements se poursuivent dans les infrastructures, avec plus de 1 400 établissements de soins primaires réhabilités. L’ouverture de nouvelles facultés de médecine accompagne cette dynamique.

Malgré ces progrès, plusieurs limites demeurent. Le manque de ressources humaines continue de freiner le développement du système. Les disparités territoriales restent marquées, notamment entre zones urbaines et rurales.

La question du financement se pose également. Le reste à charge pour les patients demeure élevé, tandis que l’offre de soins peine à suivre les évolutions technologiques et les besoins croissants.

Le regard du Pr Redouane Samlali

Dans ce contexte, Santé Mag a échangé avec le Pr Redouane Samlali. Figure important de la santé au Maroc, il apporte un éclairage sur les transformations en cours au sein du Royaume. Professeur en radiothérapie, président de l’Association nationale des cliniques privées et vice-président de la Fédération marocaine des entreprises de services de santé, il combine une expérience de terrain et une lecture institutionnelle du système.

Selon lui, le Maroc a enregistré des avancées notables au cours des dernières décennies. Le renforcement des infrastructures, la création de nouveaux établissements et le développement des CHU ont permis de rapprocher les soins des citoyens. Le secteur privé a également connu une montée en puissance, portée par des investissements soutenus.

Pour le Pr Samlali, le principal défi reste humain. Malgré l’ouverture de nouvelles facultés et structures de formation, le système souffre encore d’un déficit en professionnels qualifiés.

L’enjeu est double selon ses explications, puisqu’il s’agit avant tout de renforcer l’attractivité des métiers de la santé à court terme, et investir massivement dans la formation à moyen terme. Cela passe par une implication accrue des acteurs du secteur dans la préparation des futures générations de soignants.

Une réforme attendue pour garantir l’équité

La complémentarité entre les secteurs public et privé constitue un autre levier clé. Aujourd’hui, les deux systèmes fonctionnent encore trop souvent en parallèle.

Pour améliorer l’efficacité globale, un partenariat structuré doit être mis en place. L’objectif est d’orienter le patient vers la structure la plus adaptée, qu’elle soit publique ou privée. Le secteur privé joue déjà un rôle important, mais il ne peut répondre seul à la demande.

La généralisation de la couverture médicale marque une avancée majeure sur le plan quantitatif. Mais le défi est désormais qualitatif.

Le panier de soins reste limité face aux évolutions médicales. La tarification nationale de référence, inchangée depuis 2006, ne correspond plus aux réalités actuelles. Cette situation maintient un niveau élevé de reste à charge pour les patients.

Pour le Pr Samlali, une refonte du système s’impose. L’amélioration du panier de soins, la révision des mécanismes de tarification et le renforcement de l’équité territoriale figurent parmi les priorités. À terme, l’enjeu serait de garantir à chaque Marocain un accès réel à des soins de qualité, quel que soit son lieu de résidence.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner