Hôpitaux publics : le Maroc accélère la modernisation de ses infrastructures de santé

Présenté le 21 juillet devant les parlementaires, le nouveau plan du ministère de la Santé et de la Protection Sociale marque une étape décisive dans le chantier de modernisation du système hospitalier public au Maroc.

Portée par le ministre Amine Tehraoui, cette feuille de route s’inscrit dans le prolongement des réformes engagées ces dernières années pour adapter l’offre de soins aux besoins réels de la population, dans un contexte de généralisation de la couverture médicale.

Cinq nouveaux CHU et la reconstruction d’Ibn Sina

Le cœur du programme repose sur la création de cinq centres hospitaliers universitaires à Agadir, Laâyoune, Errachidia, Guelmim et Béni Mellal. Ces établissements viendront combler des lacunes importantes dans l’accès aux soins spécialisés dans plusieurs régions, souvent confrontées à des déserts médicaux. En parallèle, l’hôpital Ibn Sina de Rabat, construit dans les années 1950 et considéré comme un pilier historique de la médecine marocaine, fera l’objet d’une reconstruction complète.

Avec ces projets, ce sont plus de 3.800 lits supplémentaires qui viendront étoffer la capacité d’accueil du réseau hospitalier public, une hausse significative destinée à désengorger les grands centres et à mieux répondre à la pression démographique et épidémiologique.

Un maillage plus solide

Les CHU de Casablanca, Fès, Marrakech, Oujda et Rabat, déjà opérationnels, bénéficieront eux aussi de travaux de rénovation, avec une mise à niveau des infrastructures et l’introduction d’équipements médicaux modernes. À l’échelle nationale, ce sont 83 hôpitaux publics qui seront concernés par des chantiers de réhabilitation. L’ensemble représente une capacité de plus de 8.700 lits, dont près de 1.700 devraient être livrés d’ici la fin de l’année 2025, et 2.000 autres d’ici 2028.

L’enjeu est de taille : assurer une meilleure répartition des ressources et un niveau de qualité homogène sur l’ensemble du territoire, afin d’éviter les transferts excessifs de patients vers les grands centres urbains, souvent saturés.

Un accent fort sur le monde rural

Conscient des disparités persistantes entre les zones urbaines et rurales, le ministère a programmé la réhabilitation de 1.400 centres de santé de proximité, dont 949 sont déjà rénovés. Ce chiffre souligne l’effort consenti pour rapprocher les soins des populations éloignées, notamment à travers les centres dits de niveau 2, qui disposent de services de maternité et d’urgences.

Aujourd’hui, plus de 70 % des infrastructures de santé sont implantées en milieu rural. Le développement de ces structures constitue un levier central pour renforcer l’équité territoriale, lutter contre les retards de prise en charge, et garantir aux citoyens un accès digne aux soins essentiels.

Qualité, hygiène et digitalisation en ligne de mire

La réforme ne se limite pas à l’aspect infrastructurel. Une nouvelle approche qualitative est également mise en œuvre, ciblant l’accueil, l’hygiène hospitalière, la sécurité des patients et la signalétique. Ces éléments, souvent négligés dans les anciennes politiques de santé, sont désormais placés au cœur de l’expérience usager, dans une logique de modernisation et d’humanisation des services publics.

La digitalisation du secteur progresse elle aussi. Dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, vingt établissements hospitaliers sont aujourd’hui interconnectés via un système d’information unifié. Ce dispositif permet une meilleure coordination des soins, la centralisation des dossiers médicaux, et un accès facilité aux données pour les professionnels comme pour les patients. Des plateformes numériques sont également en cours de déploiement, avec des services dédiés à la prise de rendez-vous, au suivi des traitements ou encore à la gestion des urgences.

Une vision tournée vers l’avenir

À travers ce plan, le ministère de la Santé entend faire évoluer en profondeur le modèle hospitalier marocain, en misant sur l’investissement, la gouvernance territoriale et l’innovation technologique. Mais au-delà des chiffres, ce sont les enjeux humains qui priment : assurer à chaque citoyen marocain, quel que soit son lieu de résidence, un accès à des soins de qualité, dans des conditions dignes et équitables.

Le succès de cette réforme dépendra toutefois de la capacité à mobiliser les ressources humaines nécessaires, à former les équipes médicales aux nouveaux outils, et à instaurer une culture de l’évaluation et de la transparence.

Alors que la couverture médicale universelle devient une réalité pour des millions de Marocains, la transformation du paysage hospitalier apparaît comme le chaînon manquant d’une politique de santé plus ambitieuse, plus juste, et plus proche des citoyens.

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