Le foyer de hantavirus détecté à bord du navire de croisière MV Hondius suscite une surveillance internationale renforcée. Huit cas ont été signalés jusqu’à présent, dont trois décès. Pourtant, malgré l’inquiétude liée à la souche identifiée chez plusieurs patients, le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, estime que le risque d’une pandémie mondiale reste, à ce stade, très faible.
Selon lui, la transmission entre humains demeure exceptionnelle. Parmi les 38 souches connues du hantavirus, seule la souche Andes possède une capacité limitée de transmission interhumaine. Or, c’est précisément cette variante qui a été détectée parmi les cas recensés sur le navire.
Le spécialiste rappelle toutefois que cette transmission nécessite des contacts étroits et prolongés, dans des environnements confinés. « C’est le cas lors d’une croisière, avec des espaces communs exigus et une ventilation partagée », explique-t-il.
Un navire sous surveillance internationale
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) suit de près la situation à bord du MV Hondius, un navire transportant 147 personnes de 23 nationalités différentes. Le bateau avait quitté Ushuaia, en Argentine, début avril, avant plusieurs escales dans l’Atlantique Sud et l’Antarctique.
Les premiers symptômes ont été signalés dès le 6 avril. Les patients ont présenté de la fièvre, des troubles digestifs, puis, dans certains cas, une détresse respiratoire aiguë. Plusieurs évacuations médicales ont été organisées vers l’Afrique du Sud. Trois personnes sont décédées.
L’OMS a confirmé que cinq des cas étaient liés au virus Andes. L’organisation estime néanmoins que le risque pour la population mondiale demeure faible.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que l’organisation travaillait avec plusieurs pays dans le cadre du Règlement sanitaire international afin de coordonner la réponse sanitaire, le suivi des passagers et les capacités de diagnostic.
Pourquoi le Maroc a refusé une escale sanitaire à Marrakech
L’affaire a également eu des répercussions au Maroc. Un avion d’évacuation sanitaire transportant deux patients suspectés d’être infectés par le hantavirus a récemment dû renoncer à une escale technique à Marrakech.
Selon des médias espagnols, l’appareil, qui reliait le Cap-Vert aux Pays-Bas, a rencontré une panne de son système d’isolement médical en vol. L’équipage a alors demandé un atterrissage d’urgence à Marrakech. Les autorités marocaines n’ont finalement pas autorisé l’escale, poussant l’avion à se dérouter vers les îles Canaries.
L’opération s’est déroulée sous strict contrôle sanitaire, sans embarquement ni débarquement de passagers.
Comment se transmet le hantavirus ?
Le hantavirus appartient à la famille des Hantaviridae. Son principal réservoir naturel reste les rongeurs sauvages, notamment certaines souris et rats.
La contamination humaine survient principalement par inhalation de particules contaminées provenant des excréments, de l’urine ou de la salive des rongeurs. Le risque apparaît notamment lors du nettoyage de lieux infestés, lorsque des poussières contaminées sont remises en suspension dans l’air.
Des contaminations par contact direct avec des surfaces souillées ou, plus rarement, par morsure sont également possibles.
Des symptômes parfois foudroyants
L’infection débute généralement par des signes peu spécifiques : fièvre, fatigue importante, douleurs musculaires, maux de tête ou troubles digestifs.
Dans les formes sévères, le virus peut évoluer vers un syndrome pulmonaire à hantavirus avec détresse respiratoire aiguë, ou vers une forme hémorragique avec atteinte rénale. Selon les régions et les souches impliquées, le taux de mortalité peut atteindre jusqu’à 50 %.
L’OMS rappelle qu’aucun vaccin homologué ni traitement antiviral spécifique n’existe actuellement contre cette infection. La prise en charge repose essentiellement sur les soins intensifs et le soutien des fonctions vitales.
Une vigilance renforcée sans scénario Covid
Pour le Dr Tayeb Hamdi, plusieurs éléments distinguent néanmoins le hantavirus des virus respiratoires à fort potentiel pandémique comme le SARS-CoV-2.
La transmission interhumaine reste rare et peu efficace. Les autorités sanitaires ont rapidement isolé les cas suspects, renforcé les mesures de protection à bord du navire et organisé le suivi international des passagers.
Le spécialiste souligne également que le Maroc dispose d’un système de veille épidémiologique et de laboratoires capables d’identifier d’éventuels cas importés.
L’OMS recommande enfin plusieurs mesures de prévention simples : éviter le balayage à sec dans les zones susceptibles d’être contaminées par des rongeurs, privilégier le nettoyage humide avec des désinfectants, bien aérer les espaces fermés et porter des équipements de protection adaptés.

