Données de santé : le projet MOHIM renforce les ambitions numériques du Maroc

Le Maroc accélère sa stratégie de transformation numérique en santé avec MOHIM Lab, un projet présenté comme la première infrastructure nationale dédiée à l’interopérabilité des données médicales en Afrique.

Porté par le Centre for e-Health Innovation (CIeS), présidé par le Pr Anass Doukkali, ancien ministre de la Santé et professeur universitaire, en collaboration avec le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale (MSPS), le programme cherche à résoudre un problème central des systèmes de santé modernes : la fragmentation des données médicales entre hôpitaux, cliniques, laboratoires et plateformes numériques.

Des données de santé encore fragmentées

Aujourd’hui, les informations médicales restent souvent dispersées entre plusieurs structures de soins. Un patient peut réaliser des examens dans différents établissements sans que les professionnels disposent d’une vision complète de son historique médical. Cette absence de communication entre systèmes ralentit parfois la prise en charge, multiplie les examens redondants et complique le pilotage sanitaire.

Le projet MOHIM veut répondre à cette problématique à travers une infrastructure nationale capable de faire dialoguer les différents systèmes d’information de santé selon des standards internationaux comme HL7 FHIR, DICOM et SNOMED CT.

Une interopérabilité construite par les tests

Le programme repose sur une approche différente des modèles classiques de digitalisation. Les responsables du projet défendent une logique d’« interopérabilité par la pratique », fondée sur les tests, la validation et la certification des systèmes avant leur déploiement réel.

Pour cela, le Maroc s’appuie sur un partenariat stratégique avec IHE Catalyst, chargé notamment d’accompagner la mise en place d’environnements de simulation et de validation technique. L’objectif est d’éviter les limites observées dans plusieurs projets e-santé où des standards théoriques ont été imposés sans réelle phase de test opérationnel.

Un enjeu de souveraineté numérique

Au-delà de l’aspect technologique, MOHIM porte également une dimension stratégique liée à la gouvernance des données de santé. Le projet prévoit la création d’un cadre national d’interopérabilité aligné sur les standards internationaux, tout en conservant une gouvernance marocaine des infrastructures et des flux de données.

Une organisation à plusieurs niveaux a été mise en place afin d’associer les institutions publiques, les experts techniques et les acteurs de terrain dans la définition des futurs standards du système de santé numérique marocain.

Une ambition panafricaine

Le Maroc affiche désormais des ambitions continentales autour de cette initiative. Après une participation remarquée au IHE European Connectathon 2026, les porteurs du projet souhaitent organiser un grand Connectathon panafricain au Maroc en 2026 afin d’intégrer les acteurs africains dans cette dynamique de certification et d’interopérabilité.

À travers MOHIM, le Royaume cherche ainsi à se positionner comme un futur hub africain de la santé numérique, à un moment où les données médicales, l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques deviennent des piliers stratégiques des systèmes de santé.

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