Don d’organes au Maroc : vers une nouvelle conscience collective

À l’occasion de la Journée mondiale du don d’organes, célébrée le 17 octobre, la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat a réuni médecins, responsables institutionnels et représentants religieux autour d’un même engagement : faire du don d’organes un acte de solidarité nationale.

Sous l’impulsion du doyen, Pr Brahim Lekehal, également directeur du Conseil Consultatif de la Transplantation d’Organes (CCTOH), cette rencontre a marqué une étape clé pour relancer le débat éthique, religieux et médical sur un sujet encore sensible au Maroc.

Organisée avec la participation des ministères de la Santé et de la Justice, de la Fondation Mohammed VI pour les Sciences et la Santé (FM6SS) et du Conseil des Oulémas, la journée a rassemblé les pionniers marocains de la greffe rénale, hépatique et cornéenne.

Les discussions ont mis en avant la nécessité d’inscrire la transplantation dans la stratégie nationale de santé, tout en luttant contre les freins culturels et religieux. Pour le Pr Benyounes Ramdani, directeur de la spécialité Néphrologie à l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS), « la clé, c’est la sensibilisation. Il faut commencer par les soignants, montrer l’exemple, et encourager chacun à discuter du don d’organes avec sa famille ».

La Charte des soignants donneurs : un engagement symbolique

Moment fort de la journée, la présentation de la Charte des soignants donneurs a donné une dimension concrète à cet engagement collectif. Ce texte, signé par des médecins, infirmiers et étudiants, traduit leur accord à tout prélèvement en cas de mort cérébrale.

Selon le Pr Ramdani, cette charte « équivaut à une inscription volontaire au registre des donneurs, mais va plus loin : elle appelle à un dialogue familial pour que la volonté du soignant soit respectée » Une démarche qui vise à briser les tabous et à instaurer une culture du don éclairé.

Au-delà de la symbolique, le don d’organes représente un levier majeur pour la santé publique. La greffe rénale, par exemple, coûte deux fois moins cher que la dialyse à long terme et améliore la qualité de vie des patients. « La greffe redonne une vie normale, elle permet de boire, de manger, de travailler, parfois même d’avoir un enfant. Elle ne sauve pas seulement des vies, elle rend la dignité », rappelle le Pr Ramdani.

Malgré les avancées médicales et la rigueur du cadre juridique, défini par la loi 16-98 pour prévenir tout commerce d’organes, le nombre d’inscriptions au registre reste faible. Les intervenants ont souligné l’importance d’un travail de sensibilisation collectif, impliquant les institutions religieuses, les médias et la société civile. En amorçant le changement au sein même du corps médical, cette journée marque un tournant. Comme l’a résumé un participant : « parler du don d’organes, c’est déjà sauver des vies ».

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