À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, célébrée chaque 31 mai, la région de Rabat-Salé-Kénitra s’est mobilisée autour d’un message fort : dénoncer les tactiques employées par les fabricants de cigarettes électroniques et autres produits à base de nicotine pour cibler les jeunes.
Le thème de cette édition 2025, « Produits du tabac et à base de nicotine : démasquons les techniques de séduction de l’industrie du tabac », a trouvé un écho particulier dans un contexte où la cigarette électronique connaît une progression fulgurante, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes.
Face à cette tendance inquiétante, les autorités sanitaires régionales ont opté pour une stratégie de terrain. La Direction Régionale de la Santé et de la Protection Sociale a ainsi coordonné une série d’actions dans les délégations provinciales et préfectorales, avec un objectif clair : sensibiliser, alerter et responsabiliser.
Une campagne ciblée et multisectorielle
Des établissements scolaires aux entreprises, en passant par les centres de santé, la mobilisation a été large. Des ateliers interactifs ont permis d’aborder les effets nocifs de la nicotine, y compris sous ses formes supposées « douces », ainsi que les impacts du cannabis, souvent associé à ces nouvelles pratiques de consommation. Médecins, psychologues et éducateurs spécialisés ont animé ces séances, expliquant les mécanismes de l’addiction et les stratégies de sevrage efficaces.
Mais au-delà des aspects cliniques, une attention particulière a été portée à la manière dont l’industrie du tabac et ses dérivés reconfigurent leur communication. Couleurs attrayantes, parfums fruités, formats discrets : les cigarettes électroniques s’intègent facilement dans l’environnement des jeunes, brouillant les repères classiques du tabagisme et renforçant une fausse perception d’innocuité.
Des outils pour comprendre, se protéger, agir
Tout au long de la campagne, les professionnels de santé ont proposé des bilans personnalisés, des conseils en hygiène de vie, et ont mis en avant les structures existantes pour accompagner les démarches de sevrage. Des kits d’information adaptés à chaque public, élèves, parents, enseignants, salariés, ont été distribués, dans une logique de vulgarisation scientifique et de prévention active.
L’action s’inscrit dans un ensemble plus large d’initiatives structurantes. Le programme « Collèges et Lycées sans tabac », déployé depuis plusieurs années, continue d’étendre son réseau. À cela s’ajoute le dispositif « Hôpitaux sans tabac » et l’annonce d’un nouveau projet : faire des universités marocaines des espaces 100 % sans tabac.
Une menace silencieuse, des enjeux durables
Derrière cette mobilisation, une réalité alarmante : de plus en plus de jeunes s’initient à la nicotine via des dispositifs électroniques, souvent perçus, à tort, comme inoffensifs. Or, les études récentes révèlent un risque d’addiction rapide, ainsi qu’un passage facilité vers le tabagisme classique. Le tout sur fond d’un marketing agressif, qui adapte ses codes à ceux des réseaux sociaux, des tendances lifestyle et de la consommation rapide.
C’est cette mécanique que les autorités sanitaires veulent briser. Pour elles, la lutte contre le tabagisme ne doit plus se limiter à la cigarette traditionnelle. Elle doit englober tous les vecteurs d’initiation, y compris les plus récents, souvent habilement dissimulés derrière une image « moderne » ou « technologique ».
Prévenir dès aujourd’hui, protéger demain
Le message est clair : la prévention doit être permanente, et non cantonnée à des événements ponctuels. Face à des industriels qui redoublent de créativité pour toucher un public jeune, les institutions doivent, elles aussi, innover, en s’appuyant sur des campagnes percutantes, des relais de proximité et une législation adaptée.
La Journée mondiale sans tabac 2025 aura ainsi servi de catalyseur pour rappeler que le tabagisme, sous toutes ses formes, reste l’un des principaux facteurs évitables de maladies chroniques. Et que le combat, pour être efficace, doit se jouer sur tous les fronts : éducatif, médical, social et réglementaire.

