Derrière ses couleurs vives, ses parfums sucrés et son image « sans danger », la cigarette électronique s’impose progressivement dans le quotidien de nombreux jeunes Marocains. Pourtant, cette tendance en apparence anodine suscite une vive inquiétude parmi les professionnels de santé. Le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques de santé, alerte sur le piège d’une addiction précoce encore largement sous-estimée.
Selon les dernières données disponibles, un adolescent sur huit au Maroc a déjà expérimenté la cigarette électronique. Les garçons sont quatre fois plus concernés que les filles, avec des débuts parfois avant l’âge de 10 ans. L’usage s’intensifie dès l’entrée au collège, dans un contexte où la vigilance parentale, scolaire et institutionnelle reste insuffisante.
Une image faussement rassurante, des risques bien réels
Contrairement à une idée répandue, la cigarette électronique n’est pas une alternative inoffensive au tabac. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que ses effets sur la santé sont comparables à ceux du tabac traditionnel : risques cardiovasculaires, respiratoires, cancérogènes, mais aussi dépendance psychologique et troubles anxio-dépressifs.
Pire encore, la vape agit comme porte d’entrée vers le tabagisme, notamment chez les jeunes qui n’avaient jamais touché à une cigarette classique. L’aromatisation fruitée et le marketing agressif ciblent délibérément les mineurs, en reproduisant les méthodes classiques de l’industrie du tabac.
Un enjeu collectif de santé publique
Si les taux d’usage de la vape et du tabac au Maroc restent inférieurs à ceux observés en Europe ou en Amérique du Nord, les tendances sont préoccupantes. L’enquête MedSPAD-IV (2021) indique une hausse de la consommation de substances psychoactives chez les adolescents, nécessitant des politiques de prévention renforcées, en particulier dans les établissements scolaires.
Le Maroc, à l’image de nombreux pays, doit affronter une nouvelle génération d’addictions. La législation actuelle reste floue sur la cigarette électronique, avec peu de mesures restrictives sur la vente, la publicité ou la composition des produits. Pour les spécialistes, le statu quo reviendrait à laisser l’industrie du tabac avancer ses pions, au détriment d’une jeunesse déjà fragilisée par d’autres facteurs de vulnérabilité.
Face à ce constat, l’appel est lancé aux autorités sanitaires, au législateur, aux ONG et aux familles : sans mobilisation rapide, la cigarette électronique pourrait devenir le nouveau visage de la dépendance chez les jeunes Marocains.

