À la lecture d’un bilan sanguin révélant un taux de cholestérol supérieur aux valeurs de référence, de nombreux patients décident immédiatement de supprimer le beurre, les viandes rouges ou les huiles de leur alimentation.
Pourtant, le cholestérol total ne suffit pas à lui seul pour évaluer le risque cardiovasculaire. Le Dr Hind Ghassani, pharmacienne biologiste, explique pourquoi une lecture plus complète du bilan lipidique est aujourd’hui indispensable pour mieux comprendre sa santé cardiovasculaire.
Les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité au Maroc. Elles seraient responsables d’environ 38 % des décès dans le Royaume. Cette situation est étroitement liée à la progression de plusieurs facteurs de risque, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, le surpoids, l’obésité et les anomalies du métabolisme lipidique.
Selon les données de la Fédération Internationale du Diabète, près de 2,9 millions de Marocains âgés de 20 à 79 ans vivent aujourd’hui avec un diabète, soit près de 12 % de la population adulte.
Le cholestérol est indispensable au fonctionnement du corps
Souvent présenté comme un ennemi de la santé, le cholestérol remplit pourtant plusieurs fonctions essentielles au sein de l’organisme.
Cette substance participe à la structure des membranes cellulaires. Elle intervient également dans la fabrication de nombreuses hormones, notamment la testostérone, les œstrogènes et la progestérone. Le cholestérol joue aussi un rôle dans la synthèse de la vitamine D et dans plusieurs mécanismes biologiques indispensables au bon fonctionnement du corps.
Le Dr Ghassani rappelle toutefois que si le cholestérol est nécessaire à la vie, certaines formes de cholestérol, lorsqu’elles sont présentes en excès, peuvent contribuer au développement des maladies cardiovasculaires.
Pourquoi le cholestérol total ne raconte pas toute l’histoire ?
Pendant longtemps, le cholestérol total constituait le principal indicateur utilisé pour évaluer le risque cardiovasculaire. Aujourd’hui, les spécialistes privilégient une analyse plus détaillée du profil lipidique.
Pour cette raison, les laboratoires réalisent ce que l’on appelle une exploration d’une anomalie lipidique (EAL). Cet examen permet de distinguer les différents transporteurs du cholestérol présents dans le sang.
Selon le Dr Ghassani, deux personnes peuvent présenter le même taux de cholestérol total tout en ayant des profils cardiovasculaires très différents. C’est pourquoi l’interprétation ne doit jamais se limiter à un seul chiffre.
HDL, LDL : comprendre les différents transporteurs
Le HDL, souvent surnommé « bon cholestérol », participe à l’élimination du cholestérol excédentaire en le ramenant vers le foie. Un taux élevé de HDL est généralement considéré comme protecteur.
À l’inverse, le LDL est souvent qualifié de « mauvais cholestérol ». Lorsqu’il circule en excès, il peut favoriser la formation de plaques au niveau des artères et augmenter le risque d’accident cardiovasculaire.
L’objectif n’est donc pas seulement de faire baisser le cholestérol total, mais d’obtenir un équilibre favorable entre les différentes fractions lipidiques.
Le Dr Ghassani souligne que l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et l’arrêt du tabac figurent parmi les mesures les plus efficaces pour améliorer ce profil lipidique.
Les triglycérides, un marqueur souvent négligé
Au-delà du cholestérol, les triglycérides représentent un autre indicateur important de la santé métabolique.
Ces graisses circulent naturellement dans le sang et constituent une réserve énergétique pour l’organisme. Toutefois, lorsqu’ils sont présents en quantité excessive, ils sont associés à une augmentation du risque cardiovasculaire et à plusieurs troubles métaboliques.
Les triglycérides sont influencés par de nombreux facteurs, notamment le surpoids, la sédentarité, le diabète, certaines prédispositions génétiques et les habitudes alimentaires.
Dans le contexte marocain, une consommation importante de pain blanc, de pâtisseries, de boissons sucrées et de thé fortement sucré peut contribuer à leur élévation. Associées à un mode de vie de plus en plus sédentaire, ces habitudes favorisent l’apparition de déséquilibres métaboliques qui se reflètent souvent dans le bilan lipidique.
Pour le Dr Ghassani, les triglycérides méritent une attention particulière car ils constituent un indicateur précieux de l’équilibre métabolique global du patient.
Le régime méditerranéen reste une référence
Face à un taux de cholestérol élevé, certaines personnes choisissent d’éliminer presque totalement les matières grasses de leur alimentation. Cette stratégie n’est pourtant ni nécessaire ni recommandée dans la plupart des situations.
Les données scientifiques continuent de soutenir les bénéfices du modèle méditerranéen, qui privilégie les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les poissons et les huiles végétales de qualité, notamment l’huile d’olive.
Le Dr Ghassani rappelle que la prévention cardiovasculaire repose davantage sur la qualité globale de l’alimentation que sur la suppression systématique d’un nutriment particulier.
Une vision globale du risque cardiovasculaire
L’interprétation d’un bilan lipidique ne se limite plus à la seule mesure du cholestérol total. Les professionnels de santé prennent aujourd’hui en compte le LDL, le HDL, les triglycérides, mais également d’autres paramètres comme la glycémie, la tension artérielle, le poids, le tabagisme ou encore les antécédents familiaux.
Pour le Dr Ghassani, cette approche globale permet d’évaluer plus précisément le risque cardiovasculaire et d’adapter les mesures de prévention à chaque patient.
À l’heure où le diabète, l’obésité et l’hypertension continuent de progresser au Maroc, comprendre les résultats de son bilan lipidique devient un enjeu majeur de santé publique. Au-delà du chiffre affiché sur une analyse, c’est l’ensemble du profil métabolique qui permet aujourd’hui d’apprécier réellement l’état de santé cardiovasculaire d’une personne.

