Chirurgie robotique : le Maroc mise sur l’IA et la formation médicale (vidéos)

Le deuxième congrès annuel de la Société Marocaine de Chirurgie Robotique (MSRS) s’est tenu à Casablanca le 20 septembre 2025. L’événement a réuni des experts marocains et internationaux pour débattre de l’état actuel de la chirurgie robotique, des avancées récentes et des perspectives d’intégration dans les pratiques médicales.

L’événement intervient dans un contexte où le Maroc cherche à affirmer sa place dans l’innovation médicale. Avec une espérance de vie de plus de 76 ans, la demande en soins spécialisés augmente rapidement. La chirurgie robotique apparaît comme l’une des réponses possibles, mais son déploiement nécessite une réflexion stratégique.

Pour le Pr Adil Ouzzane, urologue et président de la MSRS, la chirurgie robotique n’est plus une utopie. Elle permet déjà de gagner en précision et d’envisager des interventions à distance, ouvrant de nouvelles perspectives pour relier les grandes villes aux régions éloignées. « La robotique aide le chirurgien à intervenir avec plus de finesse et à distance si nécessaire », a-t-il souligné.

Mais au-delà de la technologie, l’enjeu reste humain. Former et accompagner les praticiens constitue le socle de cette transition. Les participants ont rappelé qu’il ne suffit pas d’installer des machines, encore faut-il que les équipes médicales les utilisent régulièrement.

L’intelligence artificielle, copilote du chirurgien

Le Dr Youness Ahallal, chirurgien urologue et onco-urologue, a insisté sur l’importance de l’intelligence artificielle et du machine learning. Selon lui, ces outils ne sont plus un luxe mais une nécessité pour améliorer la performance au bloc opératoire. « L’IA doit être vue comme un copilote, non comme un substitut au chirurgien », a-t-il expliqué.

Au Maroc, l’introduction de ces technologies exige une montée en compétences rapide. Pour le Dr Ahallal, cela passe par des formations ciblées, des micro-certifications et une implication active des facultés et hôpitaux dans la formation continue.

 

Des choix stratégiques à assumer

Présent à Casablanca, le Dr Richard Gaston, Président du Congrès et spécialiste reconnu de la chirurgie micro-invasive avec plus de 30 ans d’expérience, a insisté sur la nécessité de faire des choix stratégiques adaptés au Maroc. « Le Maroc ne doit pas reproduire l’exemple de la France, qui compte plus de 300 installations », a-t-il averti. Pour lui, il est préférable de créer des centres de robotique performants où chaque machine est utilisée régulièrement. « Un robot doit fonctionner au moins une fois par semaine pour que les chirurgiens se familiarisent avec son usage », a-t-il ajouté.

Cette approche pragmatique fait écho aux défis financiers et organisationnels du système de santé marocain. Les coûts liés à l’acquisition et à l’entretien des robots restent élevés, et leur répartition géographique devra être pensée pour réduire les inégalités d’accès aux soins.

La santé marocaine dans la dynamique mondiale

Le congrès a également mis en lumière la diversité des applications de la robotique. Des démonstrations ont porté sur l’urologie, la gynécologie, la chirurgie digestive, cardiaque, thoracique, ORL, orthopédique et neurologique. Cette pluralité confirme que la robotique ne se limite pas à quelques spécialités, mais peut transformer l’ensemble du paysage chirurgical.

En accueillant un tel événement, le Maroc se positionne comme un acteur émergent dans la robotique médicale. Le pays dispose déjà de compétences reconnues, d’infrastructures hospitalières en développement et d’une volonté politique affichée d’intégrer les nouvelles technologies.

Les organisateurs du congrès l’ont répété : le Maroc ne veut plus se contenter de suivre. Il cherche à s’inscrire dans la dynamique mondiale et à devenir une référence régionale. Pour y parvenir, trois défis majeurs se dessinent : la formation des praticiens, la création de centres de robotique performants et l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les pratiques.

La chirurgie robotique n’est pas seulement une avancée technologique. Elle représente aussi une nouvelle manière de penser la médecine au Maroc, où la modernisation du système de santé est devenue une urgence nationale. L’essor de cette discipline illustre une conviction partagée : le Royaume a désormais les moyens et les compétences pour transformer l’innovation en réalité médicale.

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