Le projet de loi n° 19.25 relatif à la protection des animaux errants et à la prévention des risques qu’ils peuvent représenter franchit une nouvelle étape. La Commission des secteurs productifs de la Chambre des représentants a adopté plusieurs amendements au texte, qui prévoit un encadrement plus strict des animaux domestiques et errants, avec carnet sanitaire, identification obligatoire et déclaration via une plateforme électronique.
Cette réforme intervient alors que la rage demeure un problème de santé publique au Maroc. En 2024, le Royaume a enregistré 33 décès humains liés à cette maladie, contre une moyenne annuelle d’environ 20 décès entre 2000 et 2021. Plus de 100.000 cas de morsures et de griffures d’animaux ont également été signalés la même année.
La rage est une maladie virale presque toujours mortelle après l’apparition des symptômes. Elle reste pourtant évitable grâce à la vaccination des animaux et à une prise en charge rapide après morsure, griffure ou contact suspect avec la salive d’un animal infecté. Au niveau mondial, l’OMS rappelle que les chiens sont responsables de près de 99 % des cas humains de rage.
Au Maroc, les chiens constituent le principal réservoir de transmission. La couverture vaccinale canine reste insuffisante, alors que les experts recommandent d’atteindre environ 70 % de chiens vaccinés pour interrompre durablement la circulation du virus. Cette situation explique l’importance des mesures d’identification, de déclaration et de suivi sanitaire prévues par le projet de loi.
Carnet sanitaire et numéro d’identification
Le texte impose aux propriétaires de disposer d’un carnet sanitaire pour leurs animaux. Chaque animal déclaré devra aussi recevoir un numéro d’identification permettant de l’associer à son propriétaire. Ce dernier devra veiller à ce que l’animal porte ce numéro de manière permanente.
Le projet prévoit également une plateforme électronique destinée à déclarer les animaux, signaler leur perte ou notifier la présence d’un animal errant dans l’espace public. En cas d’abandon, le propriétaire devra remettre l’animal à un centre de prise en charge, contre un récépissé.
Un sujet devenu sensible à l’international
La question des chiens errants a aussi pris une dimension internationale. En juin 2025, les autorités sanitaires britanniques ont confirmé le décès d’une femme infectée par la rage après un contact avec un chien errant lors d’un séjour au Maroc. Le cas a rappelé l’importance d’une consultation médicale urgente après toute morsure ou griffure survenue dans un pays où la rage circule.
À l’approche des grands rendez-vous internationaux que le Maroc doit accueillir, dont la Coupe du monde 2030, la gestion des animaux errants devient donc un enjeu à la fois sanitaire, territorial et d’image. Le projet de loi tente de répondre à cette pression en conciliant protection animale, sécurité des citoyens et prévention des zoonoses.
Des sanctions contre les abandons et la maltraitance
Le volet répressif prévoit plusieurs amendes. Les propriétaires qui ne déclarent pas leurs animaux ou ne disposent pas d’un carnet sanitaire encourent une amende de 1.000 à 5.000 DH. Une amende de 10.000 à 20.000 DH est prévue contre toute personne qui provoque volontairement l’errance d’un animal ou le laisse sans surveillance dans l’espace public.
Le texte punit également la maltraitance. Toute personne qui tue volontairement, torture ou maltraite un animal errant risque une peine de deux à six mois de prison et une amende allant de 5.000 à 20.000 DH, ou l’une des deux sanctions. La récidive entraîne le doublement des sanctions prévues.

