La deuxième édition du Congrès Africain des Sciences Infirmières et Professions de la Santé (CASIPS) s’ouvre ce 14 mai à Casablanca, à l’initiative de la Faculté Mohammed VI des Sciences Infirmières et Professions de la Santé (FM6SIPS), relevant de l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS).
L’événement, placé sous l’égide de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS), se poursuivra jusqu’au 16 mai au campus Anfa City de Casablanca, avec la participation de nombreux professionnels, chercheurs et acteurs académiques venus de plusieurs pays africains.
Cette édition 2026 met particulièrement l’accent sur les pratiques avancées, la transformation des formations en santé, la coopération scientifique africaine ainsi que l’intégration des nouvelles technologies dans les parcours de soins. Des thématiques qui occupent aujourd’hui une place croissante dans les débats autour de l’avenir des systèmes de santé sur le continent.
Le congrès intervient également quelques jours après la tenue de la première édition du GITEX Future Health Africa Morocco, qui a largement mis en avant l’intelligence artificielle, la santé numérique et les innovations technologiques appliquées au secteur médical. Un contexte qui renforce les interrogations autour de l’évolution des compétences et des métiers de santé.
Pour les organisateurs, la transformation des systèmes de soins ne peut en effet se limiter aux équipements ou aux outils numériques. Elle implique également une réflexion plus large sur la formation, l’évolution des pratiques professionnelles et la valorisation des ressources humaines en santé.
À travers le CASIPS, l’UM6SS ambitionne aussi de renforcer les échanges scientifiques entre pays africains, notamment autour de la recherche, de la pédagogie en santé et du développement des pratiques avancées dans les professions paramédicales.
Dans cet entretien accordé à Santé Mag, le Pr Rachid Fares, Vice-président des Sciences infirmières et Professions de la Santé à l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS), revient sur les enjeux liés aux pratiques avancées, à l’intelligence artificielle, à la coopération panafricaine et à l’évolution des professions de santé au Maroc et en Afrique.
Santé Mag : Le CASIPS 2026 met l’accent sur les pratiques avancées en sciences infirmières et professions de la santé. Pourquoi ce sujet devient-il aujourd’hui stratégique pour les systèmes de santé africains ?
Pr Fares : Les systèmes de santé Africains connaissent aujourd’hui des transformations importantes qui nécessitent le renforcement des compétences avancées des professionnels de santé. Les pratiques avancées constituent un levier essentiel pour améliorer l’accès aux soins, renforcer la qualité des prises en charge et accompagner l’évolution des besoins sanitaires de nos populations.
Santé Mag : Quelques jours après la tenue du GITEX Future Health Africa Morocco, qui a beaucoup mis en avant l’IA, la santé numérique et les technologies médicales, quelle place doivent occuper les sciences infirmières et les professions de la santé dans cette transformation des systèmes de soins ?
Pr Fares : Les sciences infirmières et les professions de la santé doivent occuper une place centrale dans cette transformation. Les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et la santé numérique représentent des outils majeurs d’amélioration des soins, mais leur efficacité repose avant tout sur des professionnels bien formés, capables d’intégrer ces innovations au service du patient et de l’humanisation des soins.
Santé Mag : Plusieurs pays avancent sur le développement du rôle d’infirmier en pratique avancée. Où en est aujourd’hui le Maroc sur cette question, notamment sur les plans académique et réglementaire ?
Pr Fares : Le Maroc s’inscrit progressivement dans cette dynamique internationale à travers plusieurs initiatives académiques, scientifiques et institutionnelles. Une réflexion importante est aujourd’hui engagée autour de l’évolution des cadres de formation et de reconnaissance des compétences avancées des professionnels de santé.
Santé Mag : À l’UM6SS, vous travaillez aussi sur l’évolution des méthodes de formation. Comment la simulation clinique, les outils numériques et l’IA modifient-ils aujourd’hui l’apprentissage des futurs professionnels de santé ?
Pr Fares : Nous assistons à une évolution significative des modèles pédagogiques en santé. La simulation clinique, les outils numériques et l’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de renforcer l’apprentissage pratique, la prise de décision clinique et le travail interprofessionnel, tout en maintenant la dimension humaine au cœur de la formation.
Santé Mag : Le CASIPS revendique une dimension panafricaine forte. Concrètement, que peut apporter la coopération Sud-Sud dans le développement de la recherche et de la formation en sciences infirmières et professions de la santé ?
Pr Fares : La coopération Sud-Sud représente une opportunité stratégique pour mutualiser les expertises africaines, développer des projets de recherche collaboratifs et construire des modèles de formation adaptés aux réalités sanitaires du continent. Le CASIPS s’inscrit pleinement dans cette dynamique de collaboration panafricaine.
Santé Mag : Les métiers paramédicaux restent parfois moins valorisés malgré leur rôle central dans les parcours de soins. Comment faire évoluer cette perception au Maroc et plus largement en Afrique ?
Pr Fares : Les professionnels paramédicaux occupent une place essentielle dans les systèmes de santé modernes. Leur valorisation passe par le renforcement de la formation, le développement des pratiques avancées, l’encouragement de la recherche scientifique ainsi qu’une meilleure reconnaissance institutionnelle et sociétale de leur contribution aux parcours de soins.

