La préservation de la fertilité s’impose progressivement comme un enjeu majeur dans la prise en charge des jeunes patients atteints de cancer. Les progrès thérapeutiques améliorent les taux de survie et ouvrent des perspectives de vie à long terme. Dans ce contexte, la question de la fertilité prend une place croissante dans les parcours de soins en oncologie.
Une étude nationale, publiée ce 9 mars, apporte un éclairage sur les pratiques au Maroc. Réalisée par Khadija Darif, Ayoub Mars, Mounia Amzerin et Fatima Zahrae Elmrabet, elle analyse les connaissances et les pratiques des oncologues concernant la préservation de la fertilité chez les patients atteints de cancer.
Les chercheurs ont mené une enquête transversale à l’échelle nationale à l’aide d’un questionnaire en ligne. L’étude ciblait les oncologues médicaux et les radiothérapeutes exerçant au Maroc.
Au total, 70 médecins ont participé à l’enquête. La majorité travaille dans le secteur public, principalement dans des centres universitaires et des structures régionales de cancérologie.
Le profil des répondants reflète une profession relativement jeune. Près de 74 % des participants exercent depuis moins de cinq ans.
Une sensibilisation élevée mais une application limitée
Tous les oncologues interrogés déclarent connaître le principe de la préservation de la fertilité. Cette sensibilisation reflète l’évolution des préoccupations liées à la qualité de vie après cancer.
Les traitements anticancéreux peuvent altérer la fonction reproductive. Certaines chimiothérapies et radiothérapies présentent un risque gonadotoxique important.
Les recommandations internationales, notamment celles de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) et de l’European Society for Medical Oncology (ESMO), recommandent d’aborder la fertilité avant le début des traitements.
Dans la pratique, ces discussions restent encore peu fréquentes. Seuls 37 % des médecins déclarent évoquer systématiquement la préservation de la fertilité avec les patients jeunes avant l’initiation du traitement.
Des connaissances variables sur les techniques disponibles
L’étude montre également une connaissance inégale des différentes méthodes de préservation de la fertilité. La cryoconservation du sperme, principale technique pour les patients masculins, est connue par l’ensemble des médecins interrogés.
Chez les femmes, plusieurs options existent mais restent moins bien identifiées. La congélation des ovocytes est connue par 95 % des répondants, tandis que la cryoconservation d’embryons ou de tissu ovarien est moins souvent citée.
Certaines approches hormonales, comme l’utilisation d’analogues de la LH-RH pour protéger la fonction ovarienne, sont également mentionnées.
Des obstacles organisationnels et financiers
Les médecins interrogés évoquent plusieurs difficultés qui limitent l’intégration de ces pratiques.
Le manque de structures spécialisées constitue l’un des principaux obstacles. Les centres dédiés à la préservation de la fertilité restent encore peu nombreux au Maroc. Le coût des procédures représente également une barrière pour les patients. L’absence de prise en charge financière limite l’accès à ces techniques.
L’urgence thérapeutique joue aussi un rôle. Les délais entre le diagnostic et le début du traitement sont parfois trop courts pour organiser une préservation de la fertilité.
Malgré ces difficultés, les oncologues expriment un intérêt marqué pour l’amélioration des pratiques.
Plus de 94 % des participants souhaitent bénéficier de formations spécifiques sur la préservation de la fertilité. La majorité soutient la mise en place de protocoles hospitaliers standardisés et le développement de collaborations avec les centres de médecine reproductive.
Ces résultats mettent en évidence la nécessité de structurer l’oncofertilité au Maroc. La création de centres spécialisés, l’élaboration de recommandations nationales et une meilleure coordination entre oncologie et médecine reproductive pourraient améliorer l’accès des patients à ces options thérapeutiques.

