Jusqu’à quatre cancers sur dix pourraient être évités à l’échelle mondiale. C’est le constat posé par une nouvelle analyse publiée par l’Organisation mondiale de la santé et le Centre international de recherche sur le cancer, à la veille de la Journée mondiale contre le cancer, célébrée le 4 février.
L’étude, fondée sur des données issues de 185 pays et couvrant 36 types de cancers, identifie près de 30 facteurs évitables. Le tabac, les infections cancérogènes, l’alcool, l’excès de poids, la sédentarité, la pollution de l’air et l’exposition aux UV figurent en tête. Selon les estimations, 37 % des nouveaux cas diagnostiqués en 2022, soit environ 7,1 millions, sont liés à ces déterminants modifiables.
Le message est sans ambiguïté : la prévention demeure le levier le plus efficace pour freiner la progression du cancer. Trois localisations concentrent à elles seules près de la moitié des cas évitables dans le monde : le cancer du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus. Le premier reste fortement associé au tabagisme et à la pollution, le second à l’infection par Helicobacter pylori, le troisième au papillomavirus humain.
Le Maroc face à une charge croissante
Cette alerte mondiale fait écho à la situation marocaine. Chaque année, le Royaume enregistre près de 50.000 nouveaux cas de cancer pour une population d’environ 37 millions d’habitants. L’incidence nationale atteint 137,3 cas pour 100.000 habitants, confirmant une pression sanitaire durable.
Dans le même temps, les marges de manœuvre du système de santé restent limitées. Le Maroc consacre environ 6 % de son PIB à la santé. La couverture médicale plafonne autour de 66 %, malgré les réformes engagées ces dernières années. Ces contraintes se traduisent par des inégalités d’accès et des retards dans la prise en charge.
Malgré l’existence d’un Plan national de prévention et de contrôle du cancer, les délais avant traitement dépassent souvent cinq mois. En milieu rural, la situation est plus critique. Près de la moitié des patients n’accèdent pas, dans des délais raisonnables, à un centre d’oncologie. La concentration des infrastructures et des spécialistes sur l’axe Casablanca–Rabat accentue ces déséquilibres territoriaux.
Prévention et accès aux soins, un double impératif
Les recommandations de l’OMS soulignent l’importance d’agir en amont. Réduction du tabagisme, vaccination contre les infections cancérogènes, promotion de l’activité physique et amélioration de la qualité de l’air peuvent infléchir durablement l’incidence du cancer.
Au Maroc, ces leviers sont essentiels, mais insuffisants sans un renforcement de l’offre de soins. La prévention ne peut compenser des diagnostics tardifs, des parcours fragmentés ou des délais thérapeutiques prolongés. L’accès équitable aux examens, aux traitements et aux spécialistes reste un déterminant majeur du pronostic.
Un signal d’alarme à transformer en action
L’alerte lancée par l’OMS rappelle que le cancer n’est pas une fatalité. Une part importante des cas peut être évitée par des politiques publiques cohérentes et soutenues. Pour le Maroc, l’enjeu est désormais double : il question d’intensifier la prévention et réduire les inégalités d’accès aux soins.
Dans un contexte de charge croissante de la maladie, chaque retard diagnostique pèse sur les chances de survie. Transformer les recommandations internationales en actions concrètes devient une urgence de santé publique. Parce qu’en oncologie, le temps reste un facteur décisif.

