Le diagnostic du cancer du poumon ne se limite plus à confirmer la présence d’une tumeur. Les médecins doivent aujourd’hui disposer d’un prélèvement suffisamment riche pour identifier le type exact de cancer et réaliser les analyses moléculaires qui orientent le choix des traitements.
Une équipe marocaine vient de publier les premiers résultats nationaux d’une technique de cryobiopsie guidée par échographie endobronchique, avec des performances encourageantes dans le diagnostic des lésions pulmonaires périphériques.
Lorsqu’un nodule est découvert dans une zone périphérique du poumon, obtenir un prélèvement de qualité n’est pas toujours simple. Les biopsies réalisées à la pince peuvent fournir des fragments de petite taille ou altérés lors du prélèvement. Dans certains cas, cela complique le travail de l’anatomopathologiste et limite les analyses complémentaires nécessaires à la prise en charge du patient.
La cryobiopsie repose sur un principe différent. Une cryosonde est introduite jusqu’à la lésion, puis refroidie pendant quelques secondes afin de congeler le tissu avant son extraction. Les échantillons obtenus sont plus volumineux et mieux préservés. Cette qualité de prélèvement facilite le diagnostic, mais aussi la recherche de biomarqueurs et d’anomalies génétiques devenues essentielles pour accéder aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie dans le cancer du poumon.
Les auteurs rappellent d’ailleurs que l’évolution de la médecine de précision impose désormais de disposer d’une quantité suffisante de tissu. Au-delà du diagnostic, ces prélèvements permettent de réaliser des analyses comme le séquençage de nouvelle génération (NGS) ou l’évaluation de l’expression du PD-L1, deux examens qui orientent de plus en plus le choix des traitements.
Une étude marocaine parmi les premières en Afrique
Publiée dans The Clinical Respiratory Journal, cette étude a été menée par la Dr Lamya Chrif Morand et ses collaborateurs à l’Hôpital International Akdital de Kénitra. Elle a porté sur 73 patients présentant des lésions pulmonaires périphériques nécessitant un diagnostic histologique. Selon les auteurs, il s’agit de la première cohorte marocaine consacrée à cette technique et, à leur connaissance, de la première publiée sur le continent africain.
Les interventions ont été réalisées sous anesthésie générale. Les médecins ont utilisé une sonde d’échographie endobronchique radiale (EBUS) pour localiser précisément les lésions avant de procéder à la cryobiopsie à l’aide d’une cryosonde de 1,1 millimètre. Trois prélèvements étaient systématiquement effectués pour chaque patient. Afin de réduire le risque de saignement, un ballon bronchique était également mis en place de façon préventive pendant l’intervention.
Les résultats montrent qu’un diagnostic définitif a pu être établi chez 75,3 % des patients. Les cancers représentaient la majorité des lésions identifiées, mais la technique a également permis de diagnostiquer plusieurs pathologies bénignes, notamment la tuberculose, des granulomes inflammatoires et une pneumonie organisée.
Une technique prometteuse, mais encore sous évaluation
Sur le plan de la sécurité, aucun saignement grave n’a été observé. Les épisodes hémorragiques recensés sont restés mineurs et ont tous été contrôlés pendant l’intervention grâce au ballon bronchique ou à des traitements locaux. En revanche, un pneumothorax est survenu chez six patients, dont quatre ont nécessité la pose d’un drain thoracique. Les chercheurs rapportent également un cas de pyopneumothorax chez un patient atteint de tuberculose, soulignant que les lésions infectieuses cavitaires nécessitent une vigilance particulière.
L’étude met également en avant une stratégie adaptée aux réalités du terrain. Pour les lésions les plus difficiles d’accès, les équipes ont associé l’EBUS radial à un système de navigation virtuelle afin d’améliorer le guidage, tout en évitant le recours systématique à des technologies beaucoup plus coûteuses, comme la navigation robotisée ou le Cone Beam CT. Les auteurs estiment que cette approche permet d’obtenir un bon niveau de performance tout en restant compatible avec une pratique clinique plus large.
Au terme de leurs travaux, les chercheurs considèrent que la cryobiopsie guidée par EBUS radial constitue une option efficace pour le diagnostic des lésions pulmonaires périphériques. Ils soulignent surtout son intérêt dans un contexte où la médecine de précision exige des prélèvements de meilleure qualité. Ils appellent toutefois à la réalisation d’études multicentriques et d’essais randomisés de plus grande ampleur afin de confirmer ces résultats et de préciser la place de cette technique dans la stratégie diagnostique du cancer du poumon.

