Cancer du col de l’utérus au Maroc : le Dr Hajji appelle à une approche intégrative

Le Maroc a enregistré en 2025 une avancée notable dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus. Selon le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale (MSPS), cette pathologie représente désormais 6,5 % des cancers féminins. Le taux d’incidence est estimé à 8,3 cas pour 100.000 femmes, un recul significatif par rapport aux années précédentes.

Cette évolution s’inscrit dans le Plan national de prévention et de contrôle du cancer 2020-2029, aligné sur les recommandations de l’OMS. La stratégie repose sur une approche intégrée : vaccination, dépistage précoce et prise en charge thérapeutique. Depuis 2022, la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) est incluse dans le programme national d’immunisation.

Le dépistage a également gagné en ampleur. Le MSPS indique que le programme cible les femmes de 30 à 49 ans et couvre 61 provinces et préfectures. Chaque année, près de 500.000 femmes bénéficient de ce suivi grâce à un réseau de 59 centres de santé reproductive. Plus de 1.000 lésions précancéreuses sont traitées annuellement dans 12 centres régionaux d’oncologie, complétés par deux pôles universitaires à Rabat et Casablanca.

Ces résultats traduisent la pertinence des choix stratégiques engagés. Les autorités sanitaires affichent une ambition claire : réduire durablement l’impact du cancer du col de l’utérus et l’éliminer comme problème majeur de santé publique.

Dans ce contexte, Santé Mag a rencontré Dr Malak Rita Hajji, onco-radiothérapeute au sein du groupe Oncorad et fondatrice d’OncoVita. Elle revient sur les enjeux du dépistage, les freins persistants et l’importance d’une approche intégrative qui place la femme au cœur de son parcours de soins.

Santé Mag : Quels examens permettent de dépister le cancer du col de l’utérus ?

Dr Hajji : Le dépistage du cancer du col repose principalement sur deux examens complémentaires.

Le premier est le frottis cervico-utérin, qui permet de détecter des anomalies des cellules du col avant qu’elles n’évoluent vers un cancer. Réalisé régulièrement, il permet d’identifier des lésions précancéreuses à un stade où la prise en charge est simple et très efficace.

Le second est le test HPV, qui recherche la présence de papillomavirus à haut risque. Il permet d’identifier les femmes nécessitant une surveillance plus étroite, même en l’absence de symptômes ou d’anomalies visibles.

Ces examens ne sont ni douloureux ni complexes, mais ils restent encore trop peu pratiqués de manière régulière.

Santé Mag : À quel âge faut-il commencer le dépistage ?

Dr Hajji : Le dépistage est généralement recommandé à partir de 25 ans, même en l’absence de symptômes. Cette recommandation repose sur le fait que les lésions précancéreuses peuvent apparaître plusieurs années avant l’apparition d’un cancer.

Attendre des signes cliniques pour consulter est une erreur fréquente. Le cancer du col évolue lentement et silencieusement, ce qui rend le dépistage régulier indispensable, y compris lorsque tout semble aller bien.

Santé Mag : À quelle fréquence renouveler le dépistage ?

Dr Hajji : La fréquence du dépistage dépend de l’âge, des résultats précédents et du type d’examen réalisé. En pratique, un suivi tous les trois à cinq ans est souvent suffisant lorsqu’il est bien conduit et que les résultats sont normaux.

L’essentiel n’est pas la multiplication des examens, mais la régularité et la continuité du suivi. Un dépistage bien organisé permet d’éviter des traitements lourds et d’intervenir à un stade très précoce.

Santé Mag : Quelle est la place de la vaccination contre le HPV ?

Dr Hajji : La vaccination contre le HPV constitue aujourd’hui l’un des piliers de la prévention du cancer du col de l’utérus. Elle permet de protéger contre les types de virus les plus fréquemment impliqués dans le développement de la maladie.

Idéalement, la vaccination est recommandée avant le début de la vie sexuelle, mais elle peut également être proposée plus tard, en fonction des situations individuelles. Elle ne remplace pas le dépistage, mais le complète.

Vacciner, dépister et informer sont des actions indissociables dans une stratégie de prévention efficace.

Santé Mag : Quels freins persistent encore au Maroc ?

Dr Hajji : Malgré la disponibilité des outils de prévention, plusieurs freins subsistent. Beaucoup de femmes ne connaissent pas les recommandations de dépistage, certaines ressentent de la peur ou de la gêne face aux examens gynécologiques, et d’autres rencontrent des obstacles culturels ou psychologiques. À cela s’ajoute un accès parfois inégal à l’information et aux soins. Ces difficultés expliquent en grande partie pourquoi de nombreuses femmes consultent tardivement, souvent uniquement lorsque les symptômes apparaissent.

Santé Mag : Pourquoi la prévention du cancer du col de l’utérus doit-elle aller au-delà du simple acte médical ?

Dr Hajji : La prévention ne se limite pas à un acte médical ponctuel. Elle repose sur une relation de confiance, une information claire et un accompagnement adapté. Lorsqu’une femme comprend les enjeux du dépistage et se sent écoutée, elle est plus encline à s’inscrire dans un suivi régulier.

C’est dans cette logique que s’inscrit l’approche de l’oncologie intégrative, telle qu’elle est développée au sein d’OncoVita. Cette approche associe prévention médicale, éducation à la santé et accompagnement psychologique, afin de favoriser une implication active des patientes dans leur parcours de prévention.

Santé Mag : En quoi le dépistage régulier et la vaccination HPV permettent-ils de rendre ce cancer largement évitable ?

Dr Hajji : Le cancer du col de l’utérus est aujourd’hui l’un des cancers les mieux évitables lorsque la prévention est mise en place correctement. Dépistage régulier, vaccination, information et accompagnement global permettent de réduire considérablement les formes graves et les diagnostics tardifs.

Agir à temps, c’est se donner les moyens de préserver sa santé sur le long terme. La prévention n’est pas une contrainte : c’est une opportunité.

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