BAM : l’assurance maladie pèse sur l’épargne des marocains

Une étude de Bank Al-Maghrib (BAM) met en lumière un phénomène économique inédit au Maroc : l’impact de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) sur le comportement d’épargne des ménages.

Selon ce travail de recherche, l’accès à une couverture santé modifie en profondeur les arbitrages financiers, notamment chez les foyers les plus vulnérables. Cette transformation illustre l’évolution du rapport des Marocains à la sécurité sociale, à la gestion du risque et à la santé.

Réalisée par Sara Loukili et Patti Fisher, l’étude intitulée Health Insurance and Household Savings analyse les données de l’enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages. Ses conclusions sont claires : disposer d’une assurance maladie entraîne une baisse mesurable de l’épargne, particulièrement dans les foyers à faibles revenus, les zones rurales ou les ménages dirigés par des femmes. Pour ces groupes, la couverture santé réduit la nécessité de constituer une épargne de précaution face aux imprévus médicaux.

Les données montrent que les ménages assurés épargnent environ 24,5 points de pourcentage de moins que ceux non assurés. Ce recul atteint même 45,7 points chez les travailleurs indépendants, souvent confrontés à des revenus irréguliers. Cette évolution ne traduit pas une insouciance financière, mais plutôt une réallocation des ressources vers la consommation et le bien-être : logement, éducation ou prévention sanitaire. Moins d’épargne, mais davantage d’investissements humains.

Toutefois, cette dynamique reste inégale. Les foyers les plus aisés utilisent l’assurance avant tout comme filet de sécurité financière. Les ménages modestes, eux, voient leur accès aux soins s’améliorer, sans pour autant renoncer totalement à l’épargne défensive. L’étude rappelle que les dépenses directes de santé représentent encore 38 % du total national, un niveau supérieur au seuil de 25 % recommandé par l’OMS.

Pour BAM, ces résultats soulignent un tournant structurel : l’assurance santé ne se limite plus à la protection contre la maladie, elle redéfinit les comportements économiques. En réduisant l’incertitude financière, elle encourage la consommation et soutient la croissance, tout en posant la question de la stabilité à long terme du système d’épargne marocain. Un enjeu majeur au moment où la généralisation de la protection sociale se déploie à l’échelle nationale.

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