Chaque année, le cancer du col de l’utérus touche encore des milliers de femmes au Maroc. Derrière les chiffres, il y a des parcours heurtés, des diagnostics tardifs, des silences et des renoncements. Pourtant, cette maladie fait partie des cancers que l’on peut, dans de nombreux cas, éviter lorsqu’elle est détectée à temps.
Au centre de cette réalité se trouve le papillomavirus humain, plus connu sous le nom de HPV. Ce virus est extrêmement répandu. Il reste pourtant mal compris. Parce qu’il touche à la sphère intime, il s’accompagne souvent de tabous, de jugements et de fausses croyances. Cette confusion retarde le dépistage et éloigne certaines femmes du système de soins.
Le cancer du col de l’utérus n’apparaît pas soudainement. Il se construit dans le temps. Entre l’infection initiale et l’apparition de lésions graves, plusieurs années peuvent s’écouler. Ce décalage offre une possibilité rare en cancérologie : celle d’intervenir avant que la maladie ne s’installe.
Vaccination, frottis, suivi gynécologique régulier : ces gestes simples peuvent faire toute la différence. Leur efficacité dépend aussi de la manière dont on parle de la maladie. Aborder le HPV, ce n’est pas pointer du doigt. C’est expliquer, rassurer et rappeler que la prévention concerne toutes les femmes.
Dans ce combat, le risque majeur n’est pas uniquement médical. Il tient aussi au silence, aux retards et aux non-dits. Mieux comprendre, mieux dépister et mieux accompagner permet souvent d’éviter des trajectoires lourdes. Une information claire devient alors une forme de protection.
Pour éclairer ces enjeux, Santé Mag a échangé avec le Dr Malak Rita Hajji, onco-radiothérapeute au sein du groupe Oncorad et fondatrice d’OncoVita. Elle apporte un regard médical précis, accessible et sans détour sur un sujet encore trop souvent mal abordé.
Du HPV au cancer du col de l’utérus : un processus lent et évitable
Lorsque l’infection par un HPV à haut risque persiste, elle peut entraîner des modifications progressives des cellules du col de l’utérus. Ces changements sont d’abord bénins. Ils restent, dans bien des cas, réversibles. Mais chez certaines patientes, ils peuvent évoluer vers des lésions précancéreuses.
Sans dépistage ni suivi adapté, une partie de ces lésions peut, au fil des années, se transformer en cancer du col de l’utérus. Ce processus ne se produit pas brutalement. Il s’inscrit dans le temps. C’est aussi ce qui le rend, dans de nombreux cas, évitable.
Cette lente évolution laisse une véritable marge de manœuvre. À condition que le dépistage soit régulier. Et que la prise en charge soit ajustée à chaque situation. Peu de cancers offrent une fenêtre d’intervention aussi large, grâce à l’association du frottis, de la vaccination et du suivi médical.
À travers OncoVita, le Dr Hajji défend une approche qui dépasse le cadre strictement thérapeutique. Le soin ne se limite pas à un protocole. Il s’inscrit dans une relation, une compréhension du vécu, et un accompagnement dans la durée.
Informer, expliquer, écouter : ces dimensions jouent souvent un rôle décisif dans l’adhésion au suivi. Elles permettent aussi d’éviter les ruptures de parcours. Et parfois, de prévenir la maladie avant même qu’elle ne prenne forme.

