Le Maroc a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la protection sociale universelle. Le 15 juillet, devant le Parlement, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a annoncé que plus de 11,4 millions de Marocains, représentant quelque 4 millions de ménages sans capacité contributive, bénéficient désormais de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) de base. Un chiffre qui marque un tournant majeur dans l’histoire de la politique sanitaire nationale.
Cette couverture permet aux bénéficiaires d’accéder gratuitement aux soins dispensés dans les hôpitaux publics. En parallèle, elle ouvre également droit au panier de soins de la CNSS dans le secteur privé, pour ceux qui souhaitent se tourner vers les cliniques agréées.
Le taux de couverture maladie au Maroc est passé de 42,2 % à 88 % depuis l’adoption de cette réforme. Pour financer ce dispositif, l’État engage chaque année 9,5 milliards de dirhams, un effort budgétaire qui souligne l’engagement des pouvoirs publics à garantir une couverture médicale équitable, notamment pour les foyers les plus vulnérables.
Cette extension rapide du régime AMO est l’une des pierres angulaires du chantier de généralisation de la protection sociale, annoncé par le Roi Mohammed VI en 2021 et mis en œuvre progressivement par le gouvernement Akhannouch.
Au-delà de l’AMO, un filet social en expansion
Outre la couverture maladie, le chef de l’Exécutif a mis en avant les résultats du programme d’aide sociale directe. À fin avril 2025, près de 12 millions de Marocains ont pu en bénéficier. Ce dispositif concerne notamment 5,5 millions d’enfants, plus d’un million de personnes âgées de plus de 60 ans, et quelque 420 000 veuves, dont une large majorité sans enfants.
Au total, ce sont plus de 34 milliards de dirhams qui ont été versés depuis le lancement du programme. Des transferts qui visent à renforcer la résilience des ménages et à améliorer les conditions de vie de millions de citoyens.
Des défis persistants
Malgré ces avancées, plusieurs enjeux demeurent. Si les chiffres de couverture sont encourageants, l’accès effectif aux soins et la qualité des prestations offertes par les structures publiques restent des points sensibles. Le système hospitalier est sous pression, notamment dans les zones rurales ou enclavées, où les ressources humaines et les infrastructures sont souvent limitées.
La réforme devra également s’accompagner d’un renforcement du système d’information sanitaire, d’une meilleure organisation des parcours de soins, et d’une politique de ressources humaines adaptée aux nouveaux besoins du système.
Une réussite à consolider
La réussite de la réforme de l’AMO ne se mesurera pas uniquement en termes de taux de couverture. Elle dépendra aussi de la capacité des établissements à répondre aux attentes croissantes des usagers, de l’amélioration du service public hospitalier, et de la mise en place de mécanismes de régulation efficaces.
Le gouvernement affiche sa volonté de poursuivre cette dynamique, avec pour ambition de bâtir un système de santé inclusif, durable et performant. Reste à traduire ces engagements en actions concrètes sur le terrain, pour que chaque citoyen, quel que soit son revenu ou sa région, puisse accéder à des soins de qualité.

