Alerte Ebola de l’OMS : le Dr Hamdi explique pourquoi le Maroc reste sous haute vigilance

L’Organisation Mondiale de la Santé a déclenché, ce 17 mai, une alerte de portée internationale après une nouvelle flambée du virus Ebola en Afrique centrale. Une décision qui remet sous tension les systèmes de surveillance sanitaire à travers le monde, y compris au Maroc.

Dans une analyse partagée avec Santé Mag, le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, estime que le Royaume ne fait pas face à un risque épidémique élevé à ce stade, tout en soulignant la nécessité d’une vigilance renforcée en raison du rôle stratégique du Maroc comme hub aérien entre l’Afrique subsaharienne, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Le spécialiste insiste surtout sur un élément qui différencie cette flambée des précédentes : la souche actuellement identifiée est la variante Bundibugyo, une forme rare du virus Ebola contre laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.

Pourquoi l’OMS a déclenché une urgence internationale Ebola

Pour le Dr Hamdi, l’activation du plus haut niveau d’alerte sanitaire internationale par l’OMS s’explique avant tout par les caractéristiques de cette souche.

« Nous ne sommes pas face à un risque pandémique mondial comparable à celui du Covid-19, mais devant une situation d’urgence nécessitant une mobilisation rapide et coordonnée afin de contenir la flambée là où elle se trouve », explique-t-il dans son analyse.

Le médecin rappelle que la souche Bundibugyo peut afficher une létalité pouvant atteindre 50 %. Contrairement à la souche Zaïre, responsable des précédentes grandes épidémies d’Ebola et pour laquelle des vaccins existent désormais, cette variante ne dispose actuellement d’aucune protection vaccinale spécifique.

Pour le spécialiste, cette absence de vaccin représente aujourd’hui « un angle mort médical majeur ».

« La stratégie sanitaire ne peut donc pas reposer sur un bouclier vaccinal, mais essentiellement sur les mesures non pharmaceutiques : détection rapide, isolement strict et rupture immédiate des chaînes de transmission », précise-t-il.

Le Maroc concerné par son rôle de plateforme aérienne africaine

Dans son analyse, le Dr Hamdi rappelle que le Maroc entretient des connexions aériennes étroites avec plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, notamment à travers l’aéroport Mohammed V de Casablanca.

Le Royaume constitue aujourd’hui l’une des principales plateformes de transit du continent pour les voyageurs africains se dirigeant vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.

« Cette relation intime et solide avec l’Afrique impose naturellement au Maroc une vigilance particulière », souligne le spécialiste.

Le médecin insiste toutefois sur un point essentiel afin d’éviter toute panique injustifiée : le virus Ebola ne se transmet pas par voie aérienne.

La contamination survient principalement par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les objets contaminés d’une personne malade ou décédée.

« Le risque d’une propagation communautaire au Maroc demeure faible à ce stade », affirme le Dr Hamdi.

Les mesures que le Maroc pourrait renforcer face au risque Ebola

Selon le spécialiste, la stratégie marocaine repose avant tout sur la prévention de l’importation du virus. « Si aucun cas importé ne franchit les mailles du filet sanitaire aux frontières, le risque d’épidémie interne reste extrêmement limité », explique-t-il.

Le Dr Hamdi estime que le ministère de la Santé et de la Protection Sociale (MSPS) pourrait réactiver pleinement le plan national de veille et de riposte autour de plusieurs axes prioritaires.

Le premier concerne la surveillance aux frontières, notamment dans les aéroports et les ports. Des contrôles thermiques renforcés, des fiches sanitaires obligatoires et un suivi des voyageurs en provenance des zones à risque pendant 21 jours (durée maximale d’incubation du virus) pourraient être mobilisés.

Le deuxième pilier concerne le système de santé lui-même. Le spécialiste insiste sur la nécessité de sensibiliser les professionnels de santé afin d’identifier rapidement un cas suspect et d’éviter tout retard diagnostique.

Les laboratoires nationaux de référence devront également être capables de réaliser des tests PCR rapides dans des conditions de haute sécurité biologique.

« Il faudra aussi s’assurer que les tests disponibles soient suffisamment sensibles à la souche Bundibugyo afin d’éviter les faux négatifs », avertit-il.

Troisième axe jugé essentiel : les structures d’isolement spécialisées. Le Dr Hamdi souligne l’importance de préparer à l’avance les chambres d’isolement, notamment à pression négative, dans les centres hospitaliers désignés.

« Les unités de confinement doivent être prêtes avant même l’apparition d’un éventuel cas suspect », insiste-t-il. Le spécialiste évoque également la possibilité d’activer des protocoles stricts d’isolement et de désinfection à bord des avions en cas de suspicion durant un vol international.

Une flambée compliquée par les conflits et les déplacements de population

L’analyse du Dr Hamdi met également en avant le contexte particulièrement complexe de cette flambée. Les zones actuellement touchées se situent dans des régions frontalières instables, marquées par des conflits armés, des déplacements de population et une forte mobilité de travailleurs, notamment dans les secteurs miniers.

Ces conditions compliquent considérablement le traçage des contacts et les opérations sanitaires sur le terrain. Le spécialiste rappelle que ce type de situation avait déjà joué un rôle majeur dans l’ampleur de l’épidémie d’Ebola de 2013-2016 en Afrique de l’Ouest.

Comment se transmet le virus Ebola

Le virus Ebola a été identifié pour la première fois en 1976 en République démocratique du Congo et au Soudan.

Les chauves-souris frugivores sont considérées comme le principal réservoir naturel du virus. La transmission à l’être humain survient généralement après un contact avec des animaux infectés ou leurs sécrétions, avant une propagation interhumaine par contact direct avec les liquides biologiques.

La maladie se caractérise par une incubation pouvant aller de 2 à 21 jours. Durant cette période, la personne infectée n’est pas contagieuse.

Les symptômes apparaissent brutalement : forte fièvre, douleurs musculaires, maux de tête, vomissements et diarrhées sévères. Dans les formes avancées, des manifestations hémorragiques peuvent survenir.

« Les virus ne connaissent pas les frontières »

Au-delà des dispositifs de contrôle, le Dr Hamdi estime que la maîtrise durable de cette flambée dépendra surtout de la coopération internationale.

« La solution n’est pas d’isoler les populations concernées et de les laisser seules face à cette épidémie », affirme-t-il.

Le spécialiste appelle à un soutien international massif aux pays touchés, aussi bien sur le plan logistique que financier et humain, afin de réduire rapidement les chaînes de transmission.

« Notre santé dépend aussi de la santé des autres. Les virus ne connaissent pas les frontières », conclut le Dr Tayeb Hamdi.

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