Les États-Unis conditionnent désormais une partie de leur aide à la santé mondiale au partage d’informations sur les agents pathogènes à potentiel épidémique. Selon un document officiel révélé par The Guardian, cette clause figure dans un modèle d’accord que Washington souhaite conclure avec plusieurs pays partenaires.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie « America First Global Health », annoncée en septembre. Après avoir suspendu plusieurs programmes d’aide, l’administration américaine veut relancer sa coopération sous de nouvelles conditions bilatérales.
Les futurs accords prévoient des financements pour la lutte contre des maladies comme le VIH, le paludisme, la tuberculose et la poliomyélite, mais aussi pour le renforcement des laboratoires, de la surveillance épidémiologique et des systèmes de santé numériques.
En retour, les pays signataires devront transmettre rapidement les séquences génétiques et échantillons biologiques de tout virus susceptible de provoquer une épidémie. Le texte précise que ces informations devront être partagées dans les jours suivant leur identification.
Un déséquilibre dénoncé par les experts
Cette approche unilatérale alarme plusieurs spécialistes de la gouvernance sanitaire mondiale. Le projet ne mentionne aucune garantie d’accès aux vaccins ou traitements qui pourraient être développés à partir des données partagées. Une lacune que les pays en développement considèrent comme une répétition du scénario du Covid-19, lorsqu’ils avaient été privés des vaccins produits grâce à des échantillons collectés sur leur sol.
Les États-Unis prévoient également que les pays partenaires reconnaissent automatiquement les autorisations délivrées par la FDA, notamment pour les médicaments destinés aux grands marchés, ce qui pourrait affaiblir les autorités sanitaires locales.
Un risque pour la solidarité internationale
La publication du projet survient alors que se tiennent à Genève des discussions cruciales sur le système mondial de partage des pathogènes et des bénéfices (PABS), pilier du futur accord sur les pandémies en négociation à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Michel Kazatchkine, membre du Panel indépendant pour la préparation et la réponse aux pandémies, estime que ces accords bilatéraux « risquent de contourner l’OMS et de miner les fondations de solidarité et d’équité que nous essayons de bâtir ».
Le Pandemic Action Network partage cette inquiétude et appelle à privilégier la voie multilatérale : « Le monde a déjà vu les effets d’une compétition entre États pendant le Covid-19. Ce sont toujours les plus vulnérables qui en paient le prix ».
Alors que la coopération sanitaire mondiale cherche encore un équilibre entre sécurité, souveraineté et équité, la démarche américaine relance le débat sur la gouvernance internationale des pandémies et sur le futur partage des connaissances scientifiques à l’échelle planétaire.

