Sept Marocains sur dix déclarent bénéficier d’une couverture médicale. Pourtant, une large majorité continue de craindre des difficultés pour accéder aux soins. C’est ce que révèle une enquête menée par Afrobarometer publiée récemment.
L’étude, menée en 2024, dresse un état des lieux contrasté : malgré les progrès de l’assurance maladie obligatoire, l’accessibilité financière et la qualité des soins demeurent problématiques.
Au total, 71 % des citoyens affirment avoir une assurance maladie. La majorité dépend du régime national obligatoire. D’autres recourent au privé, à des régimes communautaires ou liés à la fonction publique. Mais près de 30 % des Marocains restent sans couverture médicale.
Le coût est la principale barrière, cité par 23 % des non-assurés. Dans les zones rurales, trois habitants sur dix déclarent que l’assurance reste inabordable. Pour certains, la procédure d’inscription est jugée trop complexe ou mal connue.
Des inquiétudes persistantes face aux soins
Parmi les assurés, 86 % se disent satisfaits de leur couverture. Pourtant, cette satisfaction ne dissipe pas les inquiétudes. Près de 73 % des Marocains craignent de ne pas pouvoir payer ou obtenir les soins nécessaires. Les femmes, les citadins et les personnes âgées expriment les plus fortes craintes.
L’expérience quotidienne confirme ces inquiétudes. Plus de la moitié des patients ayant fréquenté un hôpital public en 2024 rapportent des difficultés d’accès aux services. Pour 9 % d’entre eux, ces difficultés sont jugées « très graves ».
Les problèmes les plus fréquents concernent les délais d’attente. Pas moins de 95 % évoquent des files interminables. Viennent ensuite l’absence du personnel médical (85 %), les coûts jugés trop élevés (85 %), le manque de médicaments ou de matériel (81 %) et l’état dégradé des infrastructures (79 %).
Un autre phénomène inquiète : 37 % des patients déclarent avoir dû verser un pot-de-vin, offrir un cadeau ou rendre un service pour obtenir des soins.
Des familles privées de traitements essentiels
Plus d’un citoyen sur deux affirme que lui-même ou un membre de sa famille a manqué de médicaments ou de soins au moins une fois en un an. Pour 7 %, ce manque s’est répété plusieurs fois. Ce taux, en hausse, rejoint celui observé il y a dix ans.
Près de la moitié des répondants considèrent que le gouvernement doit garantir un accès universel à des soins de qualité, même si cela implique une hausse des impôts. Mais 37 % rejettent cette idée.
En parallèle, 58 % jugent insatisfaisante l’action gouvernementale en matière de santé. Cependant, une majorité similaire dit faire confiance, au moins partiellement, au ministère de la Santé.
Un système à renforcer
La santé se classe au cinquième rang des priorités exprimées par les Marocains. Elle est citée par 34 % des répondants, derrière le chômage, la sécheresse, le coût de la vie et l’éducation. Elle devance toutefois la pauvreté, la criminalité et la corruption.
Sur la vaccination, l’enquête relève un large consensus. Trois quarts des citoyens estiment que les parents doivent obligatoirement vacciner leurs enfants contre des maladies comme la rougeole ou la polio. Ce soutien est plus marqué en ville et chez les plus âgés.
L’étude souligne un paradoxe : la couverture médicale progresse, mais l’accès aux soins reste inégal et souvent difficile. Les problèmes d’infrastructures, de ressources humaines et de corruption alimentent la méfiance des citoyens.
Pour combler ces lacunes, plusieurs pistes sont citées : renforcer les effectifs médicaux, moderniser les hôpitaux, rendre l’assurance plus accessible et lutter contre les pratiques illégales. Améliorer la santé publique n’est pas seulement un enjeu technique. C’est une condition essentielle pour restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

