IA en santé : pourquoi la pérennité des projets africains reste le principal défi

L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les systèmes de santé africains. Prévision des besoins en médicaments, gestion des stocks, planification des achats ou encore automatisation des tâches administratives : les usages se multiplient. Mais une étude publiée par le cabinet Salient Advisory montre que, derrière ces avancées, la plupart des projets demeurent fortement dépendants des financements internationaux, soulevant la question de leur viabilité à long terme.

Réalisée avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates, l’étude a recensé une vingtaine de solutions d’intelligence artificielle déployées dans les chaînes d’approvisionnement de la santé en Afrique. Ces outils visent à répondre à plusieurs difficultés récurrentes, comme les ruptures de stock, les erreurs de prévision, la fragmentation des données ou encore la lourdeur des procédures administratives.

Les résultats présentés montrent des gains opérationnels parfois significatifs. En Éthiopie, une plateforme nationale d’aide à la planification des achats aurait permis d’optimiser les dépenses de plusieurs dizaines de millions de dollars. Au Kenya, un outil de planification des approvisionnements aurait réduit de plusieurs jours à moins d’une heure le temps nécessaire à la préparation des commandes dans certains établissements de santé. Au Nigeria, une solution automatisant le traitement des factures aurait également considérablement accéléré les délais administratifs.

Des projets encore largement financés par les bailleurs internationaux

Malgré ces résultats, les auteurs du rapport estiment que le principal défi reste celui du financement. Parmi les cinq projets analysés en profondeur, un seul repose aujourd’hui sur un véritable modèle économique commercial. Les autres continuent d’être soutenus par des organismes internationaux, notamment la Fondation Bill & Melinda Gates, le Fonds mondial ou d’autres bailleurs spécialisés dans le développement.

Selon les auteurs, cette dépendance constitue une fragilité dans un contexte marqué par une diminution progressive des financements internationaux consacrés à la santé. À terme, les gouvernements devront décider s’ils souhaitent intégrer ces solutions dans leurs budgets nationaux ou rechercher d’autres modèles de financement capables d’assurer leur continuité.

L’étude souligne également le manque d’évaluations indépendantes permettant de mesurer l’impact économique réel de ces technologies. Si plusieurs entreprises mettent en avant des gains de temps ou une meilleure disponibilité des produits de santé, peu d’entre elles apportent des données vérifiées démontrant des économies financières concrètes.

Les auteurs recommandent ainsi de développer des études d’impact indépendantes afin de mieux documenter les bénéfices réels de ces solutions et de faciliter les décisions d’investissement des pouvoirs publics.

Distripha, une exception marocaine dans le paysage africain

Le rapport cite également le cas du Maroc avec Distripha, une plateforme de gestion des stocks destinée aux pharmacies, également présente en Espagne. Contrairement à la majorité des solutions étudiées, cette entreprise fonctionne selon un modèle par abonnement plutôt que grâce à des financements internationaux.

Selon les données communiquées par l’entreprise, sa plateforme aurait permis de réduire les niveaux de stock des pharmacies d’environ 20 %, tout en diminuant fortement les besoins en assistance client grâce à l’automatisation de certaines tâches. Pour les auteurs de l’étude, ce modèle illustre la possibilité de développer des solutions d’IA capables de trouver leur équilibre économique au-delà des financements des bailleurs.

Pour Salient Advisory, le développement de l’intelligence artificielle dans les systèmes de santé africains ne dépendra pas uniquement des performances technologiques des outils. Leur pérennité reposera également sur la capacité des gouvernements, des établissements de santé et des entreprises à construire des modèles économiques viables, à mesurer objectivement les bénéfices obtenus et à intégrer durablement ces solutions dans les politiques nationales de santé.

spot_imgspot_img
0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
22,800AbonnésS'abonner